Petite histoire de fin d'été. Elle est assez connue par les amateurs de géologie et de volcanologie, mais ce qui l'est moins, ce sont les conséquences indirectes.
En ce 20 février 1943, un petit paysan mexicain nommé Dionisio Pulido vivait une vie modeste et tranquille avec sa femme, ses deux fils et sa mule. Il possédait un petit champ de maïs qui assurait la subsistance de sa famille. Depuis quelques jours, des tremblements de terre de faible intensité avaient perturbé la région, et Dionisio ne s'en préoccupait guère, car ce n'était pas une chose rare au Mexique.
Mais ce jour là, alors qu'il allait inspecter son champ, un terrible craquement suivi de détonations se fit entendre. Une fissure de 50 mètres de long s'était ouverte dans le champ de maïs de Dionisio. De la fumée, des cendres et des scories s'en échappaient, et une forte odeur de soufre et d'oeuf pourri flottait dans l'air. Un volcan venait de naître sur la propriété du pauvre homme!
Dionisio n'était pas un homme instruit, mais il y a des volcans au Mexique, et il savait ce que le spectacle qu'il avait sous les yeux signifiait. Terrorisé, il prit ses jambes à son cou avec toute sa famille (et sa mule).
Le maire fut mis au courant, et après lui le préfet, puis le Président. Entretemps, le bébé volcan émit sa première coulée de lave, qui engloutit le village voisin, Paricutin. On nomma donc le volcan nouveau né le Paricutin.
La communauté scientifique nationale et internationale était en émoi. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut assister à un évènement aussi rarissime que la naissance d'un volcan. Des géologues affluèrent des quatre coins du pays, et même des Etats-Unis et du Canada, accompagnés de nombreux journalistes, incluant des reporters du célèbre magazine Life.
Sur place, les secours s'étaient organisés de façon efficace. Les villageois évacués furent abrités dans un village improvisé fait de tentes militaires. Le gouvernement fit acheminer de la nourriture, du fourrage pour les bêtes, des camions-citerne d'eau potable. Et c'est là que l'histoire prend un tour intéressant.
En effet, la nourriture et le fourrage étaient en excès: de nombreuses personnes avaient définitivement quitté les lieux et cherché refuge ailleurs, le plus loin possible du bébé volcan, qui continuait de détruire villages et cultures. Par contre, les scientifiques, les journalistes et les curieux affluaient.
La femme de Dionisio eut donc l'idée de préparer des plats chauds avec les haricots et la viande séchée en surplus, et de les vendre pour quelques sous. Les visiteurs étaient bien contents de trouver cette pitance. La tente de la famille Pulido était maintenant un restaurant.
Elle ne s'arrêta pas là, et eu l'idée de coudre ensemble les sacs de fourrage et de victuailles, de les bourrer de paille ou de foin, et d'en faire des matelas rudimentaires. Les visiteurs étaient fort contents de dormir sur ces matelas...voici que la tente familiale était devenue un hôtel-restaurant.
Dionisio connaissait bien la région et avait remarqué que le volcan crachait toujours lave et scories en oblique dans la même direction, et à des intervalles réguliers. Il y avait donc moyen de l'approcher d'assez près sous un certain angle. Dionisio loua sa mule aux journalistes et scientifiques qui voulaient étudier le phénomène, ainsi qu'aux simples curieux souhaitant se prendre en selfie avec le bébé volcan. Il leur servait de guide pour une somme modique.
Bientôt la tente de la famille Pulido fut remplacée par une construction en dur. Un second étage fut bientôt ajouté au premier. Dionisio acheta une seconde mule, puis une troisième.
Le Paricutin ne montrait aucun signe d'apaisement, et son éruption dura 9 ans, rasant plusieurs villages, mais contribuant aux affaires de la famille Pulido, devenue guides, hôteliers et restaurateurs.
Comble de l'histoire, l'éruption engloutit un monastère et une église, mais la lave s'arrêta juste devant le maître-autel et la statue de la Sainte Vierge. On parla de miracle, et l'église partiellement détruite devint un lieu de pèlerinage. C'étaient bien entendu les mules de Dionisio Pulido, désormais assisté par ses deux fils, qui amenaient les pèlerins sur le site.
En quelques années, la famille Pulido était passée du statut de paysans pauvres à celui de classe moyenne relativement aisée. De nos jours, les petits-fils de Dionisio sont toujours à la tête de l'entreprise familiale: hôtel-restaurant et organisation d'excursions. Le Paricutin s'est tu, et se dresse désormais sur ce qui fut le champ de maïs de la famille, qui est donc officiellement...propriétaire du volcan.
Quelle est donc la morale de cette histoire? C'est que quand on est capable de penser hors de la boîte, il est possible de trouver des solutions, voire même des opportunités, dans des situations qui semblent désespérées. La famille Pulido aurait pu se lamenter et pleurer sur son propre nombril suite à la destruction de leur maison et de leur champ. Mais ce fut tout le contraire qui se passa: ils transformèrent une catastrophe naturelle en opportunité de faire des affaires commerciales.
Si vous êtes dans une situation de vie désagréable et qui vous semble inextricable, si ce n'est pas un problème de santé, sachez que dans certains cas la solution existe, là, dans votre tête. Pensez hors des sentiers battus, faites preuve d'un peu d'inventivité et de courage, et les choses s'éclairciront pour vous. Vous pourriez même vous retrouver dans une situation bien meilleure que celle qui était la vôtre au départ.
Telle est la leçon que nous donne le volcan Paricutin, et l'inventive famille Pulido. Osez! Comme le disait un jour Danton: de l'audace! Toujours de l'audace!
A la revoyure,
Juliette Evola.

