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L'Iran dans leurs voix, malgré l'exil.

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Régulièrement, les soubresauts géopolitiques ramènent l'Iran sur le devant de la scène. C'est en général parce que la théocratie chiite fondamentaliste qui met ce pays en coupe réglée depuis 1979 envoie ses rejetons idéologiques tels le Hamas ou le Hezbollah perpétrer quelque massacre non seulement en local - le "petit Satan" Israël est pour eux un bon fonds de commerce - mais aussi en Europe, où certains attentats ont, rappellons-le, tué des Français.

Ce qui s'ensuit est en général ce que j'appelle le syndrome de l'indignation qui ne prend pas de risque. Tel politique, journaliste ou essayiste se fendra d'une déclaration courroucée, s'indignant de la situation des citoyens iraniens pliant sous le joug voire tombant sous les balles d'un pouvoir aussi autocratique que moyenâgeux, tant en théorie que par ses méthodes.

Je m'indigne, nous nous indignons, vous vous indignez.

Ces belles poussées de révolte de salon ayant donné à leur auteur un tant soit peu de bonne conscience, ce dernier pourra se rendormir avec la satisfaction rassurante du bla bla accompli.

Femme, vie, liberté, clament ces courageuses femmes iraniennes arrachant leur hijab d'un geste rageur qui pourrait bien leur valoir des coups de fouet ou pire. Bon nombre de nos pasionarias néo-féministes réagissent habituellement par un silence assourdissant. N'est pas une résistante qui veut: défiler les seins nus peinturlurés de slogans ou danser le twerk dans une église, c'est sans danger dans nos démocraties. Arracher un bout de tissu de sa tête face aux milices des Gardiens de la Révolution Islamique iranienne...cela requiert une autre forme de courage.

Les Etats démocratiques occidentaux quant à eux, "condamneront fermement" la répression brutale du régime des barbus enturbannés. Nous connaissons la signification réelle des mots "condamner fermement" dans la bouche de nos dirigeants. Cela veut général dire qu'on va prendre une posture courroucée mais qu'on ne fera rien du tout, intérêts géopolitiques oblige. Même ritournelle au sujet des racailles et des casseurs d'ailleurs, mais là n'est pas le sujet d'aujourd'hui.

 

Mais venons-en au coeur de ce billet. Car je connais un peu l'Iran, par procuration.

 

J'ai été mariée pendant 15 ans avec JJ, un Iranien chrétien d'Orient, dont la famille a fui son Téhéran natal lors du coup de force de l'ayatollah Khomeini en 1979. Etre chrétien dans un régime qui applique la charia, ce n'est pas une sinécure.

Le régime reconnaît un certain nombre d'Eglises chrétiennes historiques, même si leurs membres sont interdits d'accès à l'armée et l'administration. Par contre, si comme la famille de JJ vous êtes d'anciens musulmans convertis au christianisme, c'est la galère. Il s'agit là d'apostasie, un crime passible de la peine de mort (Coran sourate IV, verset 89). Elle n'est pas toujours appliquée par voie judiciaire, par contre les milices des Gardiens de la Révolution ne se gêneront pas pour vous battre à mort sans autre forme de procès s'ils vous trouvent et que l'envie leur en prend.

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Les voisins ont des yeux et des oreilles: si vous recevez trop de monde chez vous à intervalles réguliers, c'est peut-être parce que vous abritez une "église de maison" clandestine où se tiennent messes, baptèmes, mariages et tout le toutim. La délation est omniprésente, et encouragée par l'Etat. Quant à posséder une Bible, vous avez intérêt à bien la planquer car une fouille est toujours possible.

Pas étonnant que JJ soit devenu un des pires laïcards bouffeurs de curés que je connaisse. Il a été exposé aux excès d'une religion ayant basculé dans l'intégrisme et l'obscurantisme moyenâgeux, et quand on a été mordu par un serpent, on en vient à craindre une corde. Un des oncles de JJ a été défenestré sans autre forme de procès. Etait-ce pour des raisons religieuses ou à cause de sa proximité politique avec le parti du Shah d'Iran (monarque)? Ce n'est pas très clair...mais vous voyez l'ambiance.

Hélàs, JJ est mort d'une leucémie avant d'avoir pu voir son pays libéré du joug des mollahs. J'espère pour ma part avoir la chance d'assister à la chute de la République Islamique un de ces jours. Il désirait tant ce moment. Je me réjouirai à sa place.

 

Et ensuite il y a ma copine Y., elle aussi native de Téhéran et rencontrée au Cercle des Anciens Etudiants de mon université. Bien plus âgée que moi, elle s'est éteinte dans son sommeil il y a quelques années à un âge vénérable, elle aussi sans revoir le pays natal qu'elle avait fui en 1979.

C'était aussi une ex-musulmane apostate, dont le cas était encore plus grave que celui de JJ: elle était revenue au Zoroastrisme, l'antique religion à mystères perse de ses ancètres. Et cà, pour le régime des mollahs, c'est du paganisme lourdement teinté de satanisme. Le genre de chose qui fait qu'on pouvait se retrouver pendu au bout d'une grue en public. Parfois, posséder quelques textes sacrés suffisait. Les choses se sont un peu assouplies à la mort de Khomeini, mais en 1979 la situation était suffisamment grave pour qu'Y. fuie accompagnée de ses deux fils en bas-âge.

 

Je n'ai bien entendu jamais oublié ni JJ, ni Y., deux personnes que j'ai aimées, l'un d'amour et l'autre d'amitié. Je leur ai également fait une promesse: le jour où l'Iran deviendrait une démocratie, j'irai y faire un petit voyage quasi initiatique.

Je me rendrai dans un vieux salon de thé de la vielle ville de Téhéran, là où JJ, alors ado rougissant, allait draguer ses premières copines, libres d'être cheveux au vent et court vêtues.

Et j'irai là où commencent les neiges éternelles du Mont Damavand, la grande Montagne de Feu, le volcan sacré des Zoroastriens qui surplombe la capitale, pour y enterrer le petit objet qu'Y. m'avait confié à cet effet.

C'est peut-être demain. C'est peut-être bientôt. Ou dans des années. Mais cela arrivera. 

En attendant, je regarde les infos, le coeur sur des charbons ardents.

 

به زودی می بینم تان  (à bientôt)

Juliette Evola.

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Commentaires

  • C"est un magnifique billet...

    Je vais faire peu de mots, mais honnêtement, si l'Iran devient "normale", selon nos normes occidentales, je (nous la famille) t'accompegnerons volontiers.

    Nous vivons une période délirante. Elle nous touche à tous.
    Mais ce qu'elle touche pour toi, hashtague le coeur :)

  • Eh oui, le hasard des rencontres et paf, c'est tout un morceau d'histoire contemporaine qui a atterri dans ma vie. L'Iran je n'y ai été que via google maps, mais JJ et Y m'ont montré tous les trucs. Les endroits où les touristes ne vont pas, les souks qui n'ont pas changé depuis des millénaires, les vieilles maisons de thé qui étaient des relais sur la Route de la Soie, l'histoire des empires persans puis des invasions musulmanes et mongoles, les traditions équestres laissées par les armées de Gengis Khan, les traditions religieuses, les courants mystiques...je peux en raconter.
    Pareil en Israël et en Jordanie où j'ai vécu. Si tu veux redécouvrir les traces laissées par les civilisations successives, parcourir l'ancien et le nouveau testament avec les pieds, pas de problème!

  • Après avoir lu ton billet, je me suis demandé qui je connais et qui pourrait être concerné. La réponse est personne. Par contre, je me suis rappelé 1979 et l'espoir que représentait l'Ayatolla pour nous autres (du moins ma famille, je n'avais que 13 ans), pauvre Breton athées de gauche. On devait être sacrément cons mais ça aide peut-être à comprendre comment une certaine gauche continue à vénérer l'islam...

  • Il peut en effet paraître logique de se réjouir de la disparition d'un autocrate, et le Shah d'Iran n'était pas un enfant de choeur. Encore faut-il voir si on ne le remplace pas par quelque chose de pire. N'étant pas une fan de la repentance, je ne m'attarderai pas sur le rôle peu glorieux de la France dans toute cette affaire, avec l'asile donné à Khomeini.
    Par contre, les liens surprenants d'une certaine gauche avec un certain islam rigoriste ne sont pas le fait du hasard. Cette stratégie, qui est loin d'être une théorie du complot, est décrite notamment par un ancien du KGB, Vassili Mitrokhine, dans divers livres repris sous le nom d' "Arcihives Mithrokine". Il s'agit en gros de déstabiliser les démocraties occidentales, ainsi que de "nazifier" l'image d'Israël.
    Cette stratégie, qui date de Staline, a fortement imprégné les gauches occidentales pendant les années qui ont précédé la "déstalinisation".
    Elle est toujours enseignée dans les mouvements de gauche radicale. Il faudra un jour que je raconte mon passage express dans ce mouvement quand j'étais jeune et naïve, c'est tristement édifiant et cela m'a ouvert les yeux sur beaucoup de choses.

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