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chrétiens d'orient

  • Ce collier qui pouvait vous faire tuer.

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    Ceux qui suivent ce blog régulièrement savent pourquoi ce qui se passe en Iran est proche de mon cœur : mon regretté mari était un chrétien d’Orient iranien dont la famille avait fui le pays en 1979 suite à la prise de pouvoir de Khomenei. Je vous avais raconté cette histoire ici.

    Il est donc évident que le déclenchement de la guerre USA – Israël – Iran est pour moi bien plus qu’une série d’articles de presse, ou pire : de controverses idéologiques sans fin.

    Ces évènements me touchent à un deuxième niveau, j’ai en effet vécu 6 ans en Israël. Cela ne me donne pas pour autant un diplôme en géopolitique moyen-orientale, mais il est malgré tout certaines choses que j’ai vécues en personne, et non pas vues depuis le confort d’une maison européenne.

    Lorsque la poussière des premières frappes aériennes sera un peu retombée, j’écrirai probablement un billet sur le sujet. Mais pas maintenant. Ce que j’ai à partager est beaucoup plus intime. Je vous demanderai d’ailleurs de ne pas partir en analyse politique dans les commentaires – vous aurez l’occasion de le faire quand et si j’écris un billet sur la question. En attendant, merci de respecter les émotions qui découlent de mon vécu.

     

    Le collier que vous voyez en photo me vient de ma belle-mère, N., avec qui je m’entendais très bien.

    Il est fait de pierres semi-précieuses mal taillées, montées sans élégance, et d’une croix en argent de mauvaise qualité sur le modèle typiquement entrelacé de l’art chrétien arménien syriaque ou copte. Un objet modeste, visiblement artisanal. Et, dans l'Iran de Khomeini, posséder un tel objet était devenu une sentence de mort.

    N. était croyante et pratiquante. Elle tenait à ce que ce collier aille à quelqu’un qui avait été baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. J’ai été baptisée dans la foi catholique, même si je me dis aujourd’hui agnostique. Mais ce baptême comptait aux yeux de N.

    Cela peut faire ricaner les plus laïcards d'entre vous, je le conçois. Mais lorsqu’on a vécu dans la peur de ne pas arriver à fuir son propre pays avant de se faire tuer sur place à cause de sa foi, c’est tout de suite moins rigolo.

    J’avais avec N. des discussions interminables sur l’origine du monde, la nature de la foi et de la non-croyance. Elle ne m’a jamais jugée ni tenté de me convaincre, et je lui rendais largement la pareille. Je comprenais surtout que le fait de pouvoir évoquer librement sa foi avec une personne ouverte, curieuse et bienveillante (et sans risquer de se faire trucider) était profondément thérapeutique et libérateur pour elle.

     

    Ma belle-mère n’a pas donné ce collier à son fils., ni à personne d’autre dans sa famille. Tous avaient rejeté la foi, parfois avec colère. Ils avaient connu la peur, la fuite, la mort. La religion n’était pour eux ni refuge ni consolation, mais une ombre inquiétante de ce qui peut se passer quand la foi se change en instrument de terreur.

    N. le comprenait, et elle savait aussi que je n’étais pas systématiquement hostile à ce qui relève du sacré. J’ai quant a moi bien compris qu’il ne s’agissait pas d’un simple bijou, mais de la transmission d’un héritage qui ne voulait en aucun cas disparaître.

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    Alors maintenant que l’Iran vacille à nouveau et voit s’ouvrir devant lui un futur incertain, je repense à ce geste. Malheureusement, mon mari et sa mère ne sont plus parmi nous et ne verront pas ce qui se joue peut-être, à savoir le possible effondrement de ce régime qui les a forcés à fuir, et tué certains des leurs. Je ne suis pas sûre de croire en l'au-delà, mais pour le coup j'espère que c'est vrai et qu'ils suivent les évènements via je ne sais quel media céleste.

    Je me demande si, finalement, je ne vais pas me mettre à le porter, ce putain de collier.

    Dans le même état d’esprit de transmission, N. m’avait également appris à chanter le Notre Père en araméen, selon le rite orthodoxe syriaque. Ce chant était resté dans un coin de ma tête, comme un vieil objet inutilisé qui prend la poussière au grenier mais qu’on ne peut pas se résoudre à jeter.

    Aujourd’hui, face aux évènements, cette prière me revient en mémoire. Et avec elle l’idée qu’une prière peut survivre à ceux qui l’ont portée, à ceux qui l’ont rejetée, et même à ceux qui doutent.

    Ce chant existait avant l’exil. Avant la peur. Avant 1979. Il est la preuve que les balles peuvent abattre des corps, mais sont impuissantes à tuer les idées.

     

    Ecrit avec mes tripes sur la table ,

    Juliette Evola.

     

  • L'Iran dans leurs voix, malgré l'exil.

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    Régulièrement, les soubresauts géopolitiques ramènent l'Iran sur le devant de la scène. C'est en général parce que la théocratie chiite fondamentaliste qui met ce pays en coupe réglée depuis 1979 envoie ses rejetons idéologiques tels le Hamas ou le Hezbollah perpétrer quelque massacre non seulement en local - le "petit Satan" Israël est pour eux un bon fonds de commerce - mais aussi en Europe, où certains attentats ont, rappellons-le, tué des Français.

    Ce qui s'ensuit est en général ce que j'appelle le syndrome de l'indignation qui ne prend pas de risque. Tel politique, journaliste ou essayiste se fendra d'une déclaration courroucée, s'indignant de la situation des citoyens iraniens pliant sous le joug voire tombant sous les balles d'un pouvoir aussi autocratique que moyenâgeux, tant en théorie que par ses méthodes.

    Je m'indigne, nous nous indignons, vous vous indignez.

    Ces belles poussées de révolte de salon ayant donné à leur auteur un tant soit peu de bonne conscience, ce dernier pourra se rendormir avec la satisfaction rassurante du bla bla accompli.

    Femme, vie, liberté, clament ces courageuses femmes iraniennes arrachant leur hijab d'un geste rageur qui pourrait bien leur valoir des coups de fouet ou pire. Bon nombre de nos pasionarias néo-féministes réagissent habituellement par un silence assourdissant. N'est pas une résistante qui veut: défiler les seins nus peinturlurés de slogans ou danser le twerk dans une église, c'est sans danger dans nos démocraties. Arracher un bout de tissu de sa tête face aux milices des Gardiens de la Révolution Islamique iranienne...cela requiert une autre forme de courage.

    Les Etats démocratiques occidentaux quant à eux, "condamneront fermement" la répression brutale du régime des barbus enturbannés. Nous connaissons la signification réelle des mots "condamner fermement" dans la bouche de nos dirigeants. Cela veut général dire qu'on va prendre une posture courroucée mais qu'on ne fera rien du tout, intérêts géopolitiques oblige. Même ritournelle au sujet des racailles et des casseurs d'ailleurs, mais là n'est pas le sujet d'aujourd'hui.

     

    Mais venons-en au coeur de ce billet. Car je connais un peu l'Iran, par procuration.

     

    J'ai été mariée pendant 15 ans avec JJ, un Iranien chrétien d'Orient, dont la famille a fui son Téhéran natal lors du coup de force de l'ayatollah Khomeini en 1979. Etre chrétien dans un régime qui applique la charia, ce n'est pas une sinécure.

    Le régime reconnaît un certain nombre d'Eglises chrétiennes historiques, même si leurs membres sont interdits d'accès à l'armée et l'administration. Par contre, si comme la famille de JJ vous êtes d'anciens musulmans convertis au christianisme, c'est la galère. Il s'agit là d'apostasie, un crime passible de la peine de mort (Coran sourate IV, verset 89). Elle n'est pas toujours appliquée par voie judiciaire, par contre les milices des Gardiens de la Révolution ne se gêneront pas pour vous battre à mort sans autre forme de procès s'ils vous trouvent et que l'envie leur en prend.

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    Les voisins ont des yeux et des oreilles: si vous recevez trop de monde chez vous à intervalles réguliers, c'est peut-être parce que vous abritez une "église de maison" clandestine où se tiennent messes, baptèmes, mariages et tout le toutim. La délation est omniprésente, et encouragée par l'Etat. Quant à posséder une Bible, vous avez intérêt à bien la planquer car une fouille est toujours possible.

    Pas étonnant que JJ soit devenu un des pires laïcards bouffeurs de curés que je connaisse. Il a été exposé aux excès d'une religion ayant basculé dans l'intégrisme et l'obscurantisme moyenâgeux, et quand on a été mordu par un serpent, on en vient à craindre une corde. Un des oncles de JJ a été défenestré sans autre forme de procès. Etait-ce pour des raisons religieuses ou à cause de sa proximité politique avec le parti du Shah d'Iran (monarque)? Ce n'est pas très clair...mais vous voyez l'ambiance.

    Hélàs, JJ est mort d'une leucémie avant d'avoir pu voir son pays libéré du joug des mollahs. J'espère pour ma part avoir la chance d'assister à la chute de la République Islamique un de ces jours. Il désirait tant ce moment. Je me réjouirai à sa place.

     

    Et ensuite il y a ma copine Y., elle aussi native de Téhéran et rencontrée au Cercle des Anciens Etudiants de mon université. Bien plus âgée que moi, elle s'est éteinte dans son sommeil il y a quelques années à un âge vénérable, elle aussi sans revoir le pays natal qu'elle avait fui en 1979.

    C'était aussi une ex-musulmane apostate, dont le cas était encore plus grave que celui de JJ: elle était revenue au Zoroastrisme, l'antique religion à mystères perse de ses ancètres. Et cà, pour le régime des mollahs, c'est du paganisme lourdement teinté de satanisme. Le genre de chose qui fait qu'on pouvait se retrouver pendu au bout d'une grue en public. Parfois, posséder quelques textes sacrés suffisait. Les choses se sont un peu assouplies à la mort de Khomeini, mais en 1979 la situation était suffisamment grave pour qu'Y. fuie accompagnée de ses deux fils en bas-âge.

     

    Je n'ai bien entendu jamais oublié ni JJ, ni Y., deux personnes que j'ai aimées, l'un d'amour et l'autre d'amitié. Je leur ai également fait une promesse: le jour où l'Iran deviendrait une démocratie, j'irai y faire un petit voyage quasi initiatique.

    Je me rendrai dans un vieux salon de thé de la vielle ville de Téhéran, là où JJ, alors ado rougissant, allait draguer ses premières copines, libres d'être cheveux au vent et court vêtues.

    Et j'irai là où commencent les neiges éternelles du Mont Damavand, la grande Montagne de Feu, le volcan sacré des Zoroastriens qui surplombe la capitale, pour y enterrer le petit objet qu'Y. m'avait confié à cet effet.

    C'est peut-être demain. C'est peut-être bientôt. Ou dans des années. Mais cela arrivera. 

    En attendant, je regarde les infos, le coeur sur des charbons ardents.

     

    به زودی می بینم تان  (à bientôt)

    Juliette Evola.

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