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Politique et sociologie

  • Victimes stratégiques: mode d'emploi.

    ChatGPT Image 23 févr. 2026, 15_46_58.png

    Se poser en victime. Nous l'avons tous fait, un jour ou l'autre, et c'est humain. Ce matin, vous avez raté votre train, êtes arrivé en retard au boulot et vous êtes fait engueuler par votre manager, tout cela pour apprendre à la réunion suivante qu'un jeune coq bien moins expérimenté que vous sera promu au poste que vous lorgniez depuis longtemps. Voilà une journée calamiteuse qui vaut bien la peine que vous pleuriez sur votre propre nombril pendant un moment!

    Mais il y a ceux qui font de la victimisation leur fonds de commerce permanent. Ils ne s'apitoient pas sur leur sort qu'une fois de temps en temps, mais systématiquement. Vous les avez déjà croisés: ceux qui sont maltraités par la vie, mais c'est toujours la faute de quelqu'un d'autre. Ils ne réussissaient pas bien à l'école? Tous les profs étaient injustes avec eux! Ils se font virer pour la énième fois de leur boulot? Tous leurs managers étaient des salauds, et ils étaient des génies incompris. C'est la troisième copine qui les plaque? Toutes des garces!

    Je les appelle les "ouin-ouin", ou les Caliméro. Profils toxiques à éviter autant que possible.

    Dans les cas que je viens de décrire, il s'agit d'un comportement social, un modèle de fonctionnement psychologique. Mais, et cette fois je me tourne vers le monde politique, se faire passer pour une victime alors que dans les faits on n'a ni la conscience ni les mains immaculées, ce n'est pas un réflexe instinctif mais bien une stratégie calculée. Elle est commune à tous les bords politiques. Admirons quelques exemples:

    Voici un Sarkozy, qui cumule plus de casseroles qu'un magasin de quincaillerie, mais se pose en martyr quasi christique, priant à genoux dans sa cellule et écrivant un livre où tous les acteurs d'une cabale imaginaire y passent. Le complot des juges rouges. L'Etat de Droit, atrocement bafoué nous dit-il. Le "système", qui depuis des années veut sa peau. Macron lui-même, qui l'a laissé finir au violon, après l'avoir en outre privé de sa Légion d'Honneur

    Et voilà Marine Le Pen, qui s'est quand même fait prendre avec les doigts dans le pot de confiture, se poser également en victime: son procès n'est qu'une machination visant à l'empêcher de se porter candidate à la présidentielle. Faut dire que pour ériger des totems de victimisation, son parti n'est pas en reste pour se poser en parias du fameux "système". C'est une stratégie de communication bien rôdée. Pour qu'elle fonctionne, il faut faire appel à des méthodes populistes bien connues, notamment le leader injustement calomnié, et le "peuple pur" contre les élites, théorie si bien expliquée par Robespierre et son copain Saint - Just.

    Stratégie, le mot est lançé. Nous allons analyser les méthodes qui la sous-tendent, à chaque fois qu'elle est employée.

    Je vais donc maintenant aborder le coeur du sujet, en examinant la stratégie de communication de LFI en général, et de Mélenchon en particulier, qui se met en place dès que quelque chose leur est reproché.

    Que disent les Méluche, Bompard, Panot, Delogu et compagnie lorsqu'on les pointe du doigt pour des faits d'incitation à la violence, de violence tout court, ou de proximité assumée avec des gens aussi louches que la Jeune Garde? Eh bien, ils jurent leurs grands dieux qu'ils ne sont pas responsables de quoique ce soit. Ils ont toujours condamné la violence politique. Ils sont les innocentes victimes de gens qui font de la récupération politique de faits douteux ou tragiques afin de les diaboliser. Et si ma tante en avait...

    Pourquoi adoptent-ils cette ligne de défense? Il y en avait deux possibles: celle de dire OK, on fait une pause pour réfléchir et analyser, une sorte d'audit interne afin d'être sûrs qu'il n'y a pas de pommes pourries chez nous. Et s'il y en a, on les virera. La seconde ligne de défense, à laquelle nous assistons de façon quasi systématique, est de tout nier en bloc et adopter une mentalité de camp retranché.

    Cette attitude n'est ni un réflexe de défense, ni un signe de gêne, ni une crispation: c'est une stratégie politique structurée. Décortiquons ses mécanismes.

    Pour se transformer en victime, il faut d'abord trouver de faux "vrais coupables": le "système", les opposants politiques, les journalistes "orientés", la Droite républicaine qui est en fait cul et chemise (noire) avec l'hydre fasciste, bref il faut un complot idéologique. Cela fonctionne très bien sur les électeurs déjà méfiants envers les Institutions. Le message devient alors simple: "si je suis attaqué, c'est qu'on veut m'abattre politiquement, et si on veut m'abattre c'est donc que je dis la vérité! Je suis un quasi martyr!".

    Ensuite, le "je n'y suis pour rien". Peu importe si on déclare depuis des années qu'il faut "tout conflictualiser", qu'on traite des groupuscules satellites violents comme la Jeune Garde (officiellement dissoute, officieusement encore présente) de "chers jeunes camarades qu'on admire" et qui devraient penser à des "méthodes impactantes" pour contrer les fachos, qu'on martèle à longueur de temps que "la police tue", qu'on traite tous les Israéliens de génocidaires...tout cela n'est rien!

    Car enfin, ce n'est pas Mélenchon qui ordonne explicitement de taper sur des opposants! Légalement, cet argument est valide. Sur le terrain, il ne l'est pas. Instaurer un climat de conflit et de violence verbale contribue certainement à ce que les éléments les plus radicaux du mouvement se sentent pousser des ailes. S'il y a bien une constante dans l'Histoire, c'est que lorsque la violence verbale est présente, la violence physique n'est pas loin de montrer le bout de son vilain nez.

    Je pourrais citer bien des déclarations de LFIstes jurant leurs grands dieux qu'ils sont blancs comme neige en toutes circonstances, n'ont jamais contribué à un climat de violence, et qu'ils sont en fait les véritables victimes. Palme d'or à Alma Dufour qui a déclaré qu'elle mettait ses deux mains à couper que Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, n'avait rien à voir avec une triste affaire de violence ayant eu lieu à Lyon dernièrement, avec la mort en résultat. J'espère qu'elle se remet bien de sa double amputation!

    Il faut bien sûr un ingrédient pour que la sauce prenne complètement: une bonne vieille théorie du complot. Un exemple: une rixe entre l'extrême-gauche et l'extrême-droite a éclaté? C'est certainement un guet-apens monté par l'extrême-droite pour attirer de pauvres gauchistes dans les filets de néo-nazis ivres de sang. De préférence, une seule source (de gauche bien sûr) sera lanceur d'alerte. Aucune enquête n'aura encore prouvé quoique ce soit, mais certains, qui ont tellement envie d'y croire, se jetteront sur la rumeur comme un affamé sur une assiette bien garnie. Le biais de renforcement positif (ou biais de confirmation) est en effet extrêmement fort: le cerveau humain a tendance à croire en priorité ce qui va dans son sens. 

    Voilà, la stratégie du martyr est en place. Les vrais responsables, c'est le camp d'en face, qui diabolise. Critiquer le chef devient une trahison et une preuve de complot. Ceux qui ont les mains sales sont devenus intouchables, le blindage rhétorique mis en place est impénétrable. L'inversion accusateur - accusé est maintenant complète.

    Vous voulez un mini-kit qui vous permettra d'identifier ce genre de stratégie manipulatrice? Posez-vous ces 4 questions:

    - Le problème est-il nié en bloc, dans un déni total, sans nuance, sans autocritique, sans allusion de responsabilité indirecte?

    - Y a t-il inversion morale: ce ne sont plus les actes ou le climat politique qui sont en cause, mais ceux qui les dénoncent?

    - Le camp qui se victimise est-il sanctifié, à savoir est-il décrit comme un club de blanches colombes?

    - Y a t-il un parfum de complot, comme des médias ligués pour traîner le Parti dans la boue? Ou un évènement non vérifiable par plusieurs sources indépendantes qui cible l'adversaire pour retourner le narratif coupable - victime?

    Si la réponse est oui à ces quatre questions, vous avez affaire à une stratégie de victimisation. Seulement voilà: ce genre de stratégie est basé sur des ficelles suffisamment grossières pour que, très rapidement, les mensonges commencent à se voir.

    Et pour l'instant, le nez des Pinocchio LFIstes s'allonge considérablement.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • Les discours politiques fallacieux sous le scalpel de la logique.

    logique fallacieuse,sophisme,paralogisme,manipulation politique

    Bienvenue dans ma salle d'autopsie. Il y a un cadavre sur la table de dissection. Pas un véritable cadavre, non, mais la dépouille métaphorique des faits objectifs, zigouillés par la logique fallacieuse. Je vais disséquer tout cela pour vous.

    Tout d'abord, quelques définitions. Qu'est-ce que la logique fallacieuse? C'est un raisonnement apparemment logique et convainquant, mais qui cache en fait un piège qui le rend faux et trompeur. Il grouille d'erreurs de logique, et le discours ne résiste pas à l'analyse. 

    Quelques exemples simples parmi bien d'autres avant d'entrer dans le vif du sujet:

    "Oui, je ne respecte pas les limitations de vitesse. Mais sur cette route, personne ne le fait". Vous justifiez un comportement injustifiable parce que tout le monde le fait. Raccourci, rupture du lien logique, et déculpabilisation: c'est de la logique fallacieuse.

    "Ah, vous êtes végétarien? Comme Hitler, alors (avec un regard lourd de sous-entendus)." Vous êtes coupable de culpabilisation par association, en liant deux sujets n'ayant rien à voir l'un avec l'autre: manger végétarien, et un meurtrier de masse. Vous associez des pommes et des poires en sous-entendant un lien de cause à effet inexistant: là aussi, c'est de la logique fallacieuse.

    Précisons une différence importante: si la personne utilise ce type de langage en se trompant de bonne foi, c'est appelé un paralogisme.

    Si par contre il y a intention volontaire de tromper ou manipuler l'auditoire, il s'agit d'un sophisme

    Cette technique est abondamment utilisée tous bords politiques confondus, surtout en période de tension: crise grave, campagne électorale, etc...J'aurais tendance à penser que beaucoup de débatteurs en ligne et autres YouTubeurs utilisent des raisonnements fallacieux de bonne foi, sans agenda caché et en ne réalisant pas que leur rhétorique est caduque sur le plan logique. Les politiciens, par contre, c'est une autre affaire! Pour certains, le raisonnement fallacieux est devenu une technique de combat comme une autre.

    Je vais maintenant entre dans le vif du sujet en vous décryptant quelques exemples de logique fallacieuse que j'ai pu trouver ces derniers jours sur divers blogs, forums de discussion politique, et même dans les médias au sujet de "l'affaire Quentin". Rappelons lesdits faits: un être humain s'est fait lyncher à coups de pieds dans la tête, et a été laissé pour mort sur le pavé. Cà, c'est la description objective (et choquante dans sa laideur) de ce qui s'est passé.

    Voyons maintenant ce qui circule. Je n'ai retenu que les types de raisonnement qui reviennent régulièrement, pas les déclarations isolées et marginales. Il ne s'agit pas de cibler des personnes spécifiques, mais bien d'analyser des types de comportements répétitifs vus sur la Toile.

    Premier type d'argument:

    Oui, un mort c'est moche. Mais l'extrême-droite fait bien pire, 59 morts contre 6 pour l'extrême-gauche sur les 40 dernières années.

    Bingo! Trois raisonnements fallacieux en une seule phrase!

    - Le "whataboutisme", ou "oui, mais l'autre".

    Au lieu de répondre sur le fond, sur un fait précis - un acte de violence lié à l'extrême-gauche, on déplace le sujet vers un autre camp. C'est une stratégie d'évitement dans laquelle on noie le poisson en déviant le sujet. Votre interlocuteur se sentira peut-être coupable, et forcé de se justifier. Il est tombé dans votre piège.

    Mais le fait que l'autre camp ait tué davantage ne réfute ni ne diminue en rien les crimes commis par le vôtre. On ne répond pas à une accusation en portant une accusation différente, en mettant dos à dos le nombre de morts. Comparaison n'est pas raison.

    - Le raisonnement fallacieux dit du "Red Herring", ou de diversion.

    La discussion portait sur le sujet A, mais vous répliquez en amenant le sujet B. Même si B est vrai et moralement choquant, cela détourne l'attention du sujet initial. En résumé: 59 morts c'est grave, 6 morts c'est moins grave, donc on devrait surtout parler des 59 morts. Cette justification morale est non seulement simpliste, c'est aussi un raisonnement fallacieux. La gravité d'un acte ne s'annule pas parce qu'un autre est pire: vous avez dévié une critique pour en faire un sordide duel de chiffres.

    - Le raisonnement fallacieux de la déresponsabilisation collective.

    Vous avez dissous la responsabilité de votre camp et neutralisé la critique dans un "en face c'est plus grave". C'est du relativisme moral à l'état brut.

    En résumé mesdames et messieurs, montrer que l'adversaire est pire ne change rien à ce dont on parle, dans ce cas le fait précis des circonstances de la mort de Quentin. Votre réponse contourne le point soulevé. 

     

    Second type d'argument:

    N'oublions pas que le type qui est mort n'était pas une blanche colombe: c'était un catho intégriste avec des idées d'extrême-droite. Il était proche de tel ou tel mouvement aux relents fascisants.

    Un beau gros raisonnement fallacieux en un court paragraphe!

    - L'attaque ad hominem (attaque personnelle)

    Ici, on sous-entend clairement que puisque la victime avait des idées jugées condamnables, ce qui lui est arrivé est moins grave...voire prévisible et compréhensible. C'est un glissement intellectuel peu honorable, car les opinions de la victime ne modifient en rien la gravité de la violence qu'il a subie. Ce qui est jugé ce n'est plus l'acte, on a déplaçé le débat vers un jugement moral de la victime. C'est une attaque ad hominem à l'état pur.

    Si la violence a lieu dans un contexte de self-défense, ou qu'il y a un accident mortel lors d'une rixe qui dégénère, c'est différent. Mais s'acharner à plusieurs à coups de pied dans la tête sur un homme au sol, ce n'est pas un accident, c'est tuer. Peu importe que la victime soit de gauche, de droite ou que sais-je, il s'agit d'un lynchage. Essayer d'atténuer les choses en disant "oui mais c'était un sale type" n'est pas seulement de la logique fallacieuse. C'est moralement et éthiquement discutable.

    Quand l'idéologie de la victime sert à évaluer la gravité d'une agression, on ne raisonne plus, on justifie son camp de façon tribale, on déforme, on manipule.

     

    Troisième type d'argument:

    Ce gars est venu foutre le bordel à un évènement de gauche. C'est pas malin, et c'est pas étonnant que çà tourne mal.

    Double raisonnement fallacieux: normalisation de la violence et blâmer la victime. Un risque prévisible est transformé en justification de la violence. Cette dernière devient prévisible, donc plus acceptable. Les meurtriers ne sont même plus des meurtriers, c'est la victime qui est coupable de son propre assassinat.

    C'est exactement le même type de raisonnement fallacieux que dans l'exemple classique de la femme violée. Oui, bien sûr, il y a eu viol. Mais bon, elle s'habillait très sexy. Et que faisait-elle si tard dans la rue? Elle a quand même un peu provoqué les choses, non? Vous avez certainement déjà entendu ce raisonnement.

    On a déplacé la faute sur la victime, atténué la responsabilité des agresseurs, et on fait la morale à la victime pour son comportement précédant l'agression. Tu l'as bien cherché. T'avais qu'à pas traîner dans le coin. Ce qui est prévisible devient justifié à demi-mots.

    C'est un bug, une faute dans le raisonnement logique: on juge l'acte violent par le comportement antérieur de la victime. Mais rien ne justifie un tel déferlement de violence, même si la victime a pris des risques idiots ou bravaches. Ce serait comme dire à quelqu'un qui a eu des rapports sexuels sans préservatif et qui a attrapé le SIDA: eh bien c'est ta faute, tu mérites de crever. Ce n'est pas uniquement de la logique fallacieuse: c'est d'un cynisme et d'une insensibilité inacceptables.

     

    Quatrième type d'argument:

    On a vu des blousons noirs à crâne rasé et des gens qui faisaient des saluts nazis lors de la marche commémorative pour Quentin. Vous voyez tout de suite à quel genre de public on a affaire.

    Raisonnement fallacieux de culpabilité par association, doublé de généralisation hâtive. Il y avait quelques véritables fachos dans la foule...donc c'est une foule de fachos. Le raccourci illogique est tellement évident que je ne me donnerai même pas la peine de l'expliquer. Autre exemple de raisonnement qui procède de la même manière: il y a des immigrés qui sont favorables à l'Islam radical. Donc tous les immigrés sont radicalisés. Culpabilité par association et généralisation du Mal sont des raisonnement fallacieux, là encore.

     

    Voilà les exemples les plus flagrants que j'ai pu constater dernièrement. Ils sont parfaitement interchangeables quel que soit le bord politique de la victime. Je suis sûre que j'aurais pu écrire exactement le même billet pour un militant de gauche lynché par des skinheads.

    Et je l'aurais fait.

    Parce que, en fin du compte, la personne morte au sol est un être humain. C'est tout ce qui m'importe. Ma boussole morale ne change pas en fonction des tendances politiques des victimes de violences.

    Et je décrypterai les manipulations et les erreurs lorsque je les identifie, quitte à susciter quelques grincements de dents. Parce qu'il le faut. Parce que c'est juste.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • La colère, cette mauvaise conseillère.

    robespierre

    Dans quelques jours, il y aura 6 mois que j'ai repris ce blog. J'avais déjà entamé un petit billet léger et marrant à ce propos. Mais l'actualité en a voulu autrement, et il ne sera pas publié. J'en suis même à me demander si écrire des billets politiques et commenter l'actualité me fait du bien, ou si les fractures de la société française n'en viennent pas à m'influencer, par effet tache d'huile.

    L'extrémisme tue, ce n'est pas une nouveauté

    Je ne commenterai pas le lynchage de Quentin, ni son contexte, ni le climat qui a fait qu'on en est arrivé là - chose qui ne m'étonne guère. Tout au moins, je n'en parlerai pas tout de suite.

    Car cet acte atroce a rendu mes mots dangereux. Je les écris, dans des fichiers qui n'ont pas vocation d'être publiés. Ils ne le seront jamais. Car ils sont d'une violence et d'une laideur indicible. Je reviendrai quand la fureur, cette mauvaise conseillère, aura à nouveau été remplaçée par la Raison.

    Ce que je vois dans mon propre miroir ces derniers jours ne me plaît guère. Ce n'est pas la femme raisonnable habituelle, c'est l'Incorruptible, dans toute son intransigeance et sa déraison.

    Ecrire maintenant ne serait qu'une violence de plus.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • A Gauche comme à Droite, brisons la fenêtre d'Overton!

    Fenetre.png

    Extrême-gauche, extrême-droite, ultra gauche, giga droite...il n'y a plus suffisamment de superlatifs disponibles pour qualifier ce qui, en politique, est perçu à tort ou à raison comme un tant soit peu radical. Et en ce domaine comme dans bien d'autres, tout ce qui est excessif est insignifiant. Ces qualificatifs sont devenus des mots-valises où nous fourrons ce qui ne nous convient pas et est perçu comme trop radical.

    Ce phénomène n'est pas anodin, et est dû à un déplacement de la Fenêtre d'Overton. Késaco?

    La fenêtre d'Overton est une métaphore qui représente les idées acceptables au sein d'une société. 

    Overton.jpg

    Ce qui est intéressant, c'est que pour un sujet donné, cette fenêtre n'est pas statique dans le temps: elle peut se déplacer, s'élargir ou rétrécir, en fonction des évolutions de la société, des mentalités, et des systèmes politiques en place. 

    Prenons un exemple: il n'y a pas si longtemps, traiter quelqu'un de nègre ou de tantouze faisait partie du vocabulaire courant. De nos jours, ce n'est évidemment plus acceptable (et c'est très bien): la Fenêtre d'Overton s'est déplacée, ce qui était du domaine du vocabulaire courant est devenu persona non grata.

    Le déplacement de la Fenêtre d'Overton peut donc refléter une évolution sociétale et intellectuelle naturelle, mais attention: il peut également être artificiellement déplacé de façon volontaire à des fins de propagande et de stratégie politique.

    Prenons pour exemple le clivage Gauche-Droite.

    Récemment, mon pote de blog Nicolas s'est indigné du fait que LFI ait été classé à l'extrême-gauche par le Ministère de l'Intérieur. Je n'analysera pas en détail la pertinence ou non de cette décision, mais il n'en est pas moins vrai que Nicolas souligne dans son billet un fait essentiel: il se demande en quoi certaines positions de LFI diffèrent de celles des Socialistes en 1981? 

    Disons qu'une nouvelle variable s'est introduite: les copinages à vues électoralistes de certains LFI, la Méluche en tête, avec les partisans de l'Islam radical. Je pense que la classification de LFI à l'extrême-gauche provient principalement non pas de son programme socio-économique, mais de ses acquaintances parfois formelles et parfois informelles avec la nébuleuse islamiste, anar, antifa et autres mouvances radicales dont le but n'est certainement pas le bien de nos valeurs démocratiques et républicaines.

    Toujours est-il que nous voyons bien que la Fenêtre d'Overton s'est déplacée. Des prises de langue avec des factions non démocratiques inacceptables sont devenues tolérables pour beaucoup. Pire encore, un effet tache d'huile n'épargne pas certains socialistes. Je ne suis pas prête à oublier Olivier Faure qui voulait hisser le drapeau palestinien au fronton des mairies, et j'oublierai encore moins les socialistes qui ont voté contre la désignation des Frères Musulmans comme organisation terroriste, malgré leurs liens historiques et idéologiques avec le djihadisme, ainsi que leur entrisme revendiqué. La perte de confiance et la fracture qui ont eu lieu dans ma tête suite à tout çà n'est pas prête de se résorber. Et ce sont toutes les formations de Gauche qui ont pris ce parti.

    Franchement, heureusement qu'il y a le blog de Nicolas pour me rappeler que tous ne suivent pas cette tendance délétère. En plus, parfois il parle de bitures, de nichons et de bites, et c'est marrant.

    Cette tolérance vis-à-vis de gens qui ont comme but de mettre a bas nos institutions est, à mes yeux, tout à fait impardonnable, et reflète un calcul électoraliste que je ne suis pas loin de qualifier d'immoral. Et je ne dois pas être la seule - avec bien des hommes de Gauche respectables - à m'insurger contre ce glissement vers la tolérance de l'extrême. La fenêtre d'Overton s'est déplacée, on tolère désormais des choses intolérables.

    Je n'ai qu'un conseil à vous donner, gens de Gauche: brisez, brisez la Fenêtre d'Overton! Revenez à vos fondamentaux humanistes, prenez ouvertement vos distances avec ce qui ne saurait être acceptable en démocratie, sinon vous cesserez immanquablement d'exister. Bien des électeurs finiront par les yeux sur ces pratiques et s'en iront, écoeurés. Les autres seront siphonnés par LFI. Adieu, goodbye, auf wiedersehen.

     

    A Droite, le mécanisme est similaire mais un peu différent. Dans ce cas, des valeurs qui étaient des marqueurs traditionnels de la Droite républicaine (disons, le bon vieux RPR) sont maintenant qualifiées par certains opposants d'idées d'extrême-droite.

    Vous osez sous-entendre que certaines franges des populations immigrées cultivent des valeurs religieuses intégristes incompatibles à une bonne intégration? EXTRÊME-DROUÂTE!

    Vous aimeriez un peu plus d'ordre et de respect de l'autorité de l'Etat? EXTRÊME-DROUÂTE!

    Vous suggérez que la civilisation européenne a une base judéo-chrétienne? EXTRÊME-DROUATE! Torquemada est à nos portes!

    Vous dites que vous êtes de Droite, tout simplement? AÏE AÏE AÏE! Les z'heures les plus sombres de notre Histoire relèvent le nez (et le bras droit)!

    OK, j'utilise l'outrance sarcastique pour faire passer mon message, mais je suis sûre que vous voyez le tableau. Prenez n'importe quelle personnalité suffisamment droitière d'un parti comme, disons, tout à fait au hasard LR, et vous allez voir à quelle vitesse les allusions vont fuser. Certaines valeurs de la Droite républicaine sont maintenant taxées d'extrême-droitisme. Rien n'est plus faux: elles ont été éjectées de force de la Fenêtre d'Overton. Et là encore, je n'ai qu'un conseil à donner:

    Brisez, brisez-moi cette fichue Fenêtre d'Overton! Récupérez l'héritage qui est le vôtre, sans le diluer dans un gloubiboulga mollasson dans l'espoir illusoire de séduire l'électeur indécis. Il y a un moment où il faut assumer ce qu'on est, sans pour autant verser dans les divagations populistes de la véritable extrême-droite. L'électeur est suffisamment malin pour reconnaître la différence et apprécier un discours clair.

    Allons. Un peu de courage. Je veux voir ces Fenêtres d'Overton malsaines se briser, et le verre voler en éclats. Faites cela, et vous regagnerez ma confiance. Et pour certains d'entre vous, peut-être même mon vote. Il faut sortir du bourbier des compromissions, des divisions, des incertitudes, des renoncements, des trahisons du clientélisme pragmatique.

    Il faut la claire épée de la volonté qui tranche. Je ne parle évidemment pas d'arme au sens littéral: il s'agit ici de l'épée symbolique dont parlent les philosophies et traditions, l'incarnation de la volonté agissante qui trace le chemin.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

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  • La dentiste me ramène à la géopolitique.

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    Tranche de vie: je voulais simplement aller chez le dentiste.

    En effet, j'ai de très bonnes dents, mais cela a un effet pervers: je suis extrêmement négligente pour ce qui est de ma santé dentaire. Cela fait bien 10 ans que je n'ai pas été chez le dentiste. Je sais qu'au minimum, un bon détartrage sera nécessaire pour éviter des problèmes futurs.

    Mon dentiste précédent a pris sa retraite, et de toute manière habitait une autre ville. Je demande donc à ma concierge si elle n'a pas un praticien à me recommander. Elle m'indique une clinique dentaire dans le quartier, et je repars avec le nom d'une dentiste sur un bout de papier. Je remarque distraitement que ce nom est d'origine étrangère, peut-être maghrébin ou moyen-oriental. Cela n'est pas surprenant dans une ville multiculturelle comme Bruxelles, où j'habite.

    Oui, il y a moyen de prendre rendez-vous via un site Web, et coup de bol, il y a un créneau dans les 48 heures. Je survole distraitement la page Web de la dentiste, et surtout son CV: diplômée d'une des meilleures universités européennes, stage dans des hôpitaux universitaires réputés et exercice de la pratique dans une clinique londonienne. Ca à l'air nickel.

    Le rendez-vous se passe bien, il y aura quelques menus travaux à faire et la dentiste m'explique de manière très didactique et avec une pointe d'humour les problèmes et les soins qui vont y remédier.

    Je ne suis pas ethnologue, mais je ne peux pas m'empêcher de détailler mon interlocutrice. C'est une jeune femme au visage frappant. Ses cheveux sont noirs d'ébène et ses yeux gris-bleu contrastent avec sa peau d'une blancheur de porcelaine. L'origine indo-européenne est claire comme de l'eau de roche. Mon Euro finit par tomber: au vu de son physique et de son nom moyen-oriental, elle est probablement d'origine iranienne.

    Un retour sur le site Web de la clinique va confirmer ce à quoi je n'avais pas prêté attention: le prénom de ma nouvelle dentiste signifie "femme noble et forte" en persan. Un petit tour sur l'onglet annonçant les langues qu'elle parle écrit le point final:

    Français, néérlandais, anglais, et persan.

    Et voilà l'actualité ainsi que mon propre vécu qui me tombent dessus au détour d'un simple rendez-vous chez la dentiste.

    Mon esprit se met en route en surmultipliée. Comment se sent-elle? A t-elle encore de la famille en Iran, dont elle n'a peut-être pas de nouvelles, à cause de la coupure d'Internet que le régime a mis en place pour pouvoir tuer à son aise? Quelle pression colossale a t-elle sur les épaules, en plus de sa charge de travail quotidienne et la nécessité de rester calme et rassurante?

    Et surtout, dois-je dire quelque chose, quelques mots de solidarité, ou bien la fermer lors de mon prochain rendez-vous? Me voici dans un de ces moments où je doute de ce qu'il faudra dire, ou ne pas dire.

    A ce stade j'ai quitté mon laptop et fais littéralement les cent pas dans le salon. Et comme à chaque fois que je suis perturbée et me sens impuissante, un sentiment puissant m'envahit: c'est la colère. Pas celle des coups de gueule, oh non. Celle-là a la froideur d'une lame d'acier inflexible.  Je sens une vague glacée remonter vers mon diaphragme, j'ai l'impression que des griffes et des crocs vont me pousser, et je pense que si mes cordes vocales étaient équipées pour cela, je grognerais. Il me faut une cible vers laquelle diriger ce pic d'adrénaline, et elle est vite trouvée.

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    En effet, où sont les manifestations de solidarité avec le peuple iranien? L'extrême-gauche, si vocale pour ce qui était de parler des pauvres Palestiniens, brille par son absence. La Gauche "classique" aussi, d'ailleurs. Quelques soc-dems respectables écrivent des tweets de protestation, mais c'est à peu près tout.

    Pas de manifestations dénonçant la violence répressive de la théocratie islamiste iranienne, drapeaux flottant au vent.

    Pas d'occupations de locaux universitaires (généralement accompagnées par les dégradations que l'on connaît.)

    Pas de rassemblements de masse face à l'ambassade iranienne, demandant la justice et la liberté.

    Pas de propositions de faire flotter des drapeaux iraniens au fronton des mairies, en solidarité avec les protestataires. Faut dire que si c'était le cas, cela voudrait dire ressortir le drapeau frappé du Lion et du Soleil de la monarchie iranienne, abondamment utilisé par les manifestants. Et çà, cela troue le cul d'une certaine Gauche.

    La Droite n'est guère plus vocale bien qu'elle assure un strict minimum via des communications sur les sites de ses partis, mais je n'en ai cure. Ma colère est trop forte que pour permettre une quelconque objectivité, et je retombe par réflexe sur me inimitiés habituelles.

    Non, décidément, nous avons affaire à un de ces conflits qui n'intéressent pas grand monde. En tout cas, pas de quoi se mouiller dans une manif dans la neige et la pluie froide de janvier.

    J'ai comme un goût amer dans la bouche. Et il n'a rien à voir avec celui de la lidocaïne qu'on va m'injecter dans les gencives mardi prochain. Mais il a tout à voir avec la notion d'anesthésie.

    L'anesthésie morale qui frappe les bien pensants lorsqu'un conflit ne les intéresse pas, alors qu'ils sautent partout comme des puces excitées quand leurs "victimes vedettes" sont impliquées.

    Et cela ne me dit toujours pas ce que je vais dire, ou ne pas dire, au Docteur S. mardi prochain.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.