
Extrême-gauche, extrême-droite, ultra gauche, giga droite...il n'y a plus suffisamment de superlatifs disponibles pour qualifier ce qui, en politique, est perçu à tort ou à raison comme un tant soit peu radical. Et en ce domaine comme dans bien d'autres, tout ce qui est excessif est insignifiant. Ces qualificatifs sont devenus des mots-valises où nous fourrons ce qui ne nous convient pas et est perçu comme trop radical.
Ce phénomène n'est pas anodin, et est dû à un déplacement de la Fenêtre d'Overton. Késaco?
La fenêtre d'Overton est une métaphore qui représente les idées acceptables au sein d'une société.

Ce qui est intéressant, c'est que pour un sujet donné, cette fenêtre n'est pas statique dans le temps: elle peut se déplacer, s'élargir ou rétrécir, en fonction des évolutions de la société, des mentalités, et des systèmes politiques en place.
Prenons un exemple: il n'y a pas si longtemps, traiter quelqu'un de nègre ou de tantouze faisait partie du vocabulaire courant. De nos jours, ce n'est évidemment plus acceptable (et c'est très bien): la Fenêtre d'Overton s'est déplacée, ce qui était du domaine du vocabulaire courant est devenu persona non grata.
Le déplacement de la Fenêtre d'Overton peut donc refléter une évolution sociétale et intellectuelle naturelle, mais attention: il peut également être artificiellement déplacé de façon volontaire à des fins de propagande et de stratégie politique.
Prenons pour exemple le clivage Gauche-Droite.
Récemment, mon pote de blog Nicolas s'est indigné du fait que LFI ait été classé à l'extrême-gauche par le Ministère de l'Intérieur. Je n'analysera pas en détail la pertinence ou non de cette décision, mais il n'en est pas moins vrai que Nicolas souligne dans son billet un fait essentiel: il se demande en quoi certaines positions de LFI diffèrent de celles des Socialistes en 1981?
Disons qu'une nouvelle variable s'est introduite: les copinages à vues électoralistes de certains LFI, la Méluche en tête, avec les partisans de l'Islam radical. Je pense que la classification de LFI à l'extrême-gauche provient principalement non pas de son programme socio-économique, mais de ses acquaintances parfois formelles et parfois informelles avec la nébuleuse islamiste, anar, antifa et autres mouvances radicales dont le but n'est certainement pas le bien de nos valeurs démocratiques et républicaines.
Toujours est-il que nous voyons bien que la Fenêtre d'Overton s'est déplacée. Des prises de langue avec des factions non démocratiques inacceptables sont devenues tolérables pour beaucoup. Pire encore, un effet tache d'huile n'épargne pas certains socialistes. Je ne suis pas prête à oublier Olivier Faure qui voulait hisser le drapeau palestinien au fronton des mairies, et j'oublierai encore moins les socialistes qui ont voté contre la désignation des Frères Musulmans comme organisation terroriste, malgré leurs liens historiques et idéologiques avec le djihadisme, ainsi que leur entrisme revendiqué. La perte de confiance et la fracture qui ont eu lieu dans ma tête suite à tout çà n'est pas prête de se résorber. Et ce sont toutes les formations de Gauche qui ont pris ce parti.
Franchement, heureusement qu'il y a le blog de Nicolas pour me rappeler que tous ne suivent pas cette tendance délétère. En plus, parfois il parle de bitures, de nichons et de bites, et c'est marrant.
Cette tolérance vis-à-vis de gens qui ont comme but de mettre a bas nos institutions est, à mes yeux, tout à fait impardonnable, et reflète un calcul électoraliste que je ne suis pas loin de qualifier d'immoral. Et je ne dois pas être la seule - avec bien des hommes de Gauche respectables - à m'insurger contre ce glissement vers la tolérance de l'extrême. La fenêtre d'Overton s'est déplacée, on tolère désormais des choses intolérables.
Je n'ai qu'un conseil à vous donner, gens de Gauche: brisez, brisez la Fenêtre d'Overton! Revenez à vos fondamentaux humanistes, prenez ouvertement vos distances avec ce qui ne saurait être acceptable en démocratie, sinon vous cesserez immanquablement d'exister. Bien des électeurs finiront par les yeux sur ces pratiques et s'en iront, écoeurés. Les autres seront siphonnés par LFI. Adieu, goodbye, auf wiedersehen.
A Droite, le mécanisme est similaire mais un peu différent. Dans ce cas, des valeurs qui étaient des marqueurs traditionnels de la Droite républicaine (disons, le bon vieux RPR) sont maintenant qualifiées par certains opposants d'idées d'extrême-droite.
Vous osez sous-entendre que certaines franges des populations immigrées cultivent des valeurs religieuses intégristes incompatibles à une bonne intégration? EXTRÊME-DROUÂTE!
Vous aimeriez un peu plus d'ordre et de respect de l'autorité de l'Etat? EXTRÊME-DROUÂTE!
Vous suggérez que la civilisation européenne a une base judéo-chrétienne? EXTRÊME-DROUATE! Torquemada est à nos portes!
Vous dites que vous êtes de Droite, tout simplement? AÏE AÏE AÏE! Les z'heures les plus sombres de notre Histoire relèvent le nez (et le bras droit)!
OK, j'utilise l'outrance sarcastique pour faire passer mon message, mais je suis sûre que vous voyez le tableau. Prenez n'importe quelle personnalité suffisamment droitière d'un parti comme, disons, tout à fait au hasard LR, et vous allez voir à quelle vitesse les allusions vont fuser. Certaines valeurs de la Droite républicaine sont maintenant taxées d'extrême-droitisme. Rien n'est plus faux: elles ont été éjectées de force de la Fenêtre d'Overton. Et là encore, je n'ai qu'un conseil à donner:
Brisez, brisez-moi cette fichue Fenêtre d'Overton! Récupérez l'héritage qui est le vôtre, sans le diluer dans un gloubiboulga mollasson dans l'espoir illusoire de séduire l'électeur indécis. Il y a un moment où il faut assumer ce qu'on est, sans pour autant verser dans les divagations populistes de la véritable extrême-droite. L'électeur est suffisamment malin pour reconnaître la différence et apprécier un discours clair.
Allons. Un peu de courage. Je veux voir ces Fenêtres d'Overton malsaines se briser, et le verre voler en éclats. Faites cela, et vous regagnerez ma confiance. Et pour certains d'entre vous, peut-être même mon vote. Il faut sortir du bourbier des compromissions, des divisions, des incertitudes, des renoncements, des trahisons du clientélisme pragmatique.
Il faut la claire épée de la volonté qui tranche. Je ne parle évidemment pas d'arme au sens littéral: il s'agit ici de l'épée symbolique dont parlent les philosophies et traditions, l'incarnation de la volonté agissante qui trace le chemin.
A la revoyure,
Juliette Evola.

Commentaires
Je connaissais pas la notion.
En tous cas le RN n'est plus d'extrême droite (le FN l'était). Et oui tu connais pas position sur LFI, qui pensait à Médine pour guider une liste au Havre. Et a des positions racialistes récurrentes qui peuvent être une sorte de racisme, en tous cas pas très rassembleuses... (litote). J'en ferai un billet, j'ai trouvé un article avec des perles qui sont magnifiques.
Je dirais que le RN montre certains traits marqués de droite populiste, mais pas plus qu'une Georgia Meloni.
Racialisme dis-tu? Le fait que la Méluche se sent mal quand il y a trop de blonds aux yeux clairs autour de lui (citation véridique)? Ou de la banalisation de l'antisémitisme à des fins de clientélisme électoral? Ou de l'antisémitisme réel commodément déguisé en anti-sionisme? Ou du fait que la culture française ne veut rien dire? Y a que l'embarras du choix.
Merci pour la pub, au passage ! ;-)
Pour le fond de ton billet, il y aurait plein de choses à dire. Mais si on considère que l'extrémisme est à 30% depuis 2002, peut-on toujours le qualifier d'extrémisme ? Si je monte à 2002, c'est parce qu'il y avait un score assez haut du FN, bien sûr, mais aussi de deux partis d'extrême gauche, LO et la LCR. Disait-on, à l'époque, que Besancenot et Laguiller étaient des parias, que l'on placerait "hors Overton" ? A mon avis, on les jugeait avec bonhommie car ce sont des personnages sympathiques.
Alors pour LFI ou le RN, je ne sais pas...
Y a pas de quoi :o) Et s'il y a plein de choses à dire, ne te gêne pas pour les dire si tu en as envie, même et surtout si tu n'est pas d'accord, c'est ce qui fait le sel de la discussion.
Le fait que les extrêmes fassent un haut score (les 30% que tu cites) ne les fait pas sortir de la dénomination extrême pour autant. Il ne suffit pas à un ou des partis d'avoir les faveurs du grand nombre pour lui acheter une robe de pureté. C'est pas pour le plaisir de faire un point Godwin, mais prenons l'exemple des fascismes historiques. En 1933 le parti nazi a fait grosso merdo 44% aux législatives. En 1922, le Parti National Fasciste de Mussolini a fait 25%, obtenant la majorité relative. Merci à Google et ChatGPT au passage. Ces scores élevés n'en font pas pour autant des partis non extrémistes. Ils sont devenus "acceptables" dans la fenêtre d'Overton, mais cette dernière était désormais définie par leur propre grille interne qui était celle du fascisme. Les autres voix étaient rendues silencieuses à coup de trique, ou pire.
Attention hein, ce n'est qu'un exemple, je ne mets pas pour autant les partis actuels qualifiés d'extrêmes dos à dos avec les fafs historiques. C'était pour illustrer mon raisonnement.
Franchement, nous n'avons pas les mêmes souvenirs pour ce qui est de la LCR. Je me souviens bien que Besancenot était vu comme un extrémiste pas sympa du tout par pas mal de monde, et pas seulement à droite. Il y avait quelques blogs de ses partisans, dont le relativement connu Comité de Salut Public, qui était d'une violence verbale inacceptable, même si c'était plutôt vers 2005-2007, je ne me souviens plus exactement.
Pour Laguiller par contre t'as raison, elle était vue comme plutôt pittoresque voire sympatoche...quoiqu'en ce qui me concerne, je mettrais quelques bémols. Toute personne se réclamant du trotskysme - ce gars était un boucher - est quelque peu suspect à mes yeux. Mais c'est un autre débat.