Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Les discours politiques fallacieux sous le scalpel de la logique.

logique fallacieuse,sophisme,paralogisme,manipulation politique

Bienvenue dans ma salle d'autopsie. Il y a un cadavre sur la table de dissection. Pas un véritable cadavre, non, mais la dépouille métaphorique des faits objectifs, zigouillés par la logique fallacieuse. Je vais disséquer tout cela pour vous.

Tout d'abord, quelques définitions. Qu'est-ce que la logique fallacieuse? C'est un raisonnement apparemment logique et convainquant, mais qui cache en fait un piège qui le rend faux et trompeur. Il grouille d'erreurs de logique, et le discours ne résiste pas à l'analyse. 

Quelques exemples simples parmi bien d'autres avant d'entrer dans le vif du sujet:

"Oui, je ne respecte pas les limitations de vitesse. Mais sur cette route, personne ne le fait". Vous justifiez un comportement injustifiable parce que tout le monde le fait. Raccourci, rupture du lien logique, et déculpabilisation: c'est de la logique fallacieuse.

"Ah, vous êtes végétarien? Comme Hitler, alors (avec un regard lourd de sous-entendus)." Vous êtes coupable de culpabilisation par association, en liant deux sujets n'ayant rien à voir l'un avec l'autre: manger végétarien, et un meurtrier de masse. Vous associez des pommes et des poires en sous-entendant un lien de cause à effet inexistant: là aussi, c'est de la logique fallacieuse.

Précisons une différence importante: si la personne utilise ce type de langage en se trompant de bonne foi, c'est appelé un paralogisme.

Si par contre il y a intention volontaire de tromper ou manipuler l'auditoire, il s'agit d'un sophisme

Cette technique est abondamment utilisée tous bords politiques confondus, surtout en période de tension: crise grave, campagne électorale, etc...J'aurais tendance à penser que beaucoup de débatteurs en ligne et autres YouTubeurs utilisent des raisonnements fallacieux de bonne foi, sans agenda caché et en ne réalisant pas que leur rhétorique est caduque sur le plan logique. Les politiciens, par contre, c'est une autre affaire! Pour certains, le raisonnement fallacieux est devenu une technique de combat comme une autre.

Je vais maintenant entre dans le vif du sujet en vous décryptant quelques exemples de logique fallacieuse que j'ai pu trouver ces derniers jours sur divers blogs, forums de discussion politique, et même dans les médias au sujet de "l'affaire Quentin". Rappelons lesdits faits: un être humain s'est fait lyncher à coups de pieds dans la tête, et a été laissé pour mort sur le pavé. Cà, c'est la description objective (et choquante dans sa laideur) de ce qui s'est passé.

Voyons maintenant ce qui circule. Je n'ai retenu que les types de raisonnement qui reviennent régulièrement, pas les déclarations isolées et marginales. Il ne s'agit pas de cibler des personnes spécifiques, mais bien d'analyser des types de comportements répétitifs vus sur la Toile.

Premier type d'argument:

Oui, un mort c'est moche. Mais l'extrême-droite fait bien pire, 59 morts contre 6 pour l'extrême-gauche sur les 40 dernières années.

Bingo! Trois raisonnements fallacieux en une seule phrase!

- Le "whataboutisme", ou "oui, mais l'autre".

Au lieu de répondre sur le fond, sur un fait précis - un acte de violence lié à l'extrême-gauche, on déplace le sujet vers un autre camp. C'est une stratégie d'évitement dans laquelle on noie le poisson en déviant le sujet. Votre interlocuteur se sentira peut-être coupable, et forcé de se justifier. Il est tombé dans votre piège.

Mais le fait que l'autre camp ait tué davantage ne réfute ni ne diminue en rien les crimes commis par le vôtre. On ne répond pas à une accusation en portant une accusation différente, en mettant dos à dos le nombre de morts. Comparaison n'est pas raison.

- Le raisonnement fallacieux dit du "Red Herring", ou de diversion.

La discussion portait sur le sujet A, mais vous répliquez en amenant le sujet B. Même si B est vrai et moralement choquant, cela détourne l'attention du sujet initial. En résumé: 59 morts c'est grave, 6 morts c'est moins grave, donc on devrait surtout parler des 59 morts. Cette justification morale est non seulement simpliste, c'est aussi un raisonnement fallacieux. La gravité d'un acte ne s'annule pas parce qu'un autre est pire: vous avez dévié une critique pour en faire un sordide duel de chiffres.

- Le raisonnement fallacieux de la déresponsabilisation collective.

Vous avez dissous la responsabilité de votre camp et neutralisé la critique dans un "en face c'est plus grave". C'est du relativisme moral à l'état brut.

En résumé mesdames et messieurs, montrer que l'adversaire est pire ne change rien à ce dont on parle, dans ce cas le fait précis des circonstances de la mort de Quentin. Votre réponse contourne le point soulevé. 

 

Second type d'argument:

N'oublions pas que le type qui est mort n'était pas une blanche colombe: c'était un catho intégriste avec des idées d'extrême-droite. Il était proche de tel ou tel mouvement aux relents fascisants.

Un beau gros raisonnement fallacieux en un court paragraphe!

- L'attaque ad hominem (attaque personnelle)

Ici, on sous-entend clairement que puisque la victime avait des idées jugées condamnables, ce qui lui est arrivé est moins grave...voire prévisible et compréhensible. C'est un glissement intellectuel peu honorable, car les opinions de la victime ne modifient en rien la gravité de la violence qu'il a subie. Ce qui est jugé ce n'est plus l'acte, on a déplaçé le débat vers un jugement moral de la victime. C'est une attaque ad hominem à l'état pur.

Si la violence a lieu dans un contexte de self-défense, ou qu'il y a un accident mortel lors d'une rixe qui dégénère, c'est différent. Mais s'acharner à plusieurs à coups de pied dans la tête sur un homme au sol, ce n'est pas un accident, c'est tuer. Peu importe que la victime soit de gauche, de droite ou que sais-je, il s'agit d'un lynchage. Essayer d'atténuer les choses en disant "oui mais c'était un sale type" n'est pas seulement de la logique fallacieuse. C'est moralement et éthiquement discutable.

Quand l'idéologie de la victime sert à évaluer la gravité d'une agression, on ne raisonne plus, on justifie son camp de façon tribale, on déforme, on manipule.

 

Troisième type d'argument:

Ce gars est venu foutre le bordel à un évènement de gauche. C'est pas malin, et c'est pas étonnant que çà tourne mal.

Double raisonnement fallacieux: normalisation de la violence et blâmer la victime. Un risque prévisible est transformé en justification de la violence. Cette dernière devient prévisible, donc plus acceptable. Les meurtriers ne sont même plus des meurtriers, c'est la victime qui est coupable de son propre assassinat.

C'est exactement le même type de raisonnement fallacieux que dans l'exemple classique de la femme violée. Oui, bien sûr, il y a eu viol. Mais bon, elle s'habillait très sexy. Et que faisait-elle si tard dans la rue? Elle a quand même un peu provoqué les choses, non? Vous avez certainement déjà entendu ce raisonnement.

On a déplacé la faute sur la victime, atténué la responsabilité des agresseurs, et on fait la morale à la victime pour son comportement précédant l'agression. Tu l'as bien cherché. T'avais qu'à pas traîner dans le coin. Ce qui est prévisible devient justifié à demi-mots.

C'est un bug, une faute dans le raisonnement logique: on juge l'acte violent par le comportement antérieur de la victime. Mais rien ne justifie un tel déferlement de violence, même si la victime a pris des risques idiots ou bravaches. Ce serait comme dire à quelqu'un qui a eu des rapports sexuels sans préservatif et qui a attrapé le SIDA: eh bien c'est ta faute, tu mérites de crever. Ce n'est pas uniquement de la logique fallacieuse: c'est d'un cynisme et d'une insensibilité inacceptables.

 

Quatrième type d'argument:

On a vu des blousons noirs à crâne rasé et des gens qui faisaient des saluts nazis lors de la marche commémorative pour Quentin. Vous voyez tout de suite à quel genre de public on a affaire.

Raisonnement fallacieux de culpabilité par association, doublé de généralisation hâtive. Il y avait quelques véritables fachos dans la foule...donc c'est une foule de fachos. Le raccourci illogique est tellement évident que je ne me donnerai même pas la peine de l'expliquer. Autre exemple de raisonnement qui procède de la même manière: il y a des immigrés qui sont favorables à l'Islam radical. Donc tous les immigrés sont radicalisés. Culpabilité par association et généralisation du Mal sont des raisonnement fallacieux, là encore.

 

Voilà les exemples les plus flagrants que j'ai pu constater dernièrement. Ils sont parfaitement interchangeables quel que soit le bord politique de la victime. Je suis sûre que j'aurais pu écrire exactement le même billet pour un militant de gauche lynché par des skinheads.

Et je l'aurais fait.

Parce que, en fin du compte, la personne morte au sol est un être humain. C'est tout ce qui m'importe. Ma boussole morale ne change pas en fonction des tendances politiques des victimes de violences.

Et je décrypterai les manipulations et les erreurs lorsque je les identifie, quitte à susciter quelques grincements de dents. Parce qu'il le faut. Parce que c'est juste.

 

A la revoyure,

Juliette Evola.

Commentaires

  • je fais une première pause commentaire après avoir lu ceci (je lis la suite plus tard) : "Oui, un mort c'est moche. Mais l'extrême-droite fait bien pire, 59 morts contre 6 pour l'extrême-gauche sur les 40 dernières années."

    Il ne faut pas prendre mes propos (puisque j'ai dit à peu près ça) dans le sens : "un mort par la gauche, c'est pas grave, il y en a plus en face". Mais dans le sens "ça commence à bien faire de taper sur la gauche alors que vous ne dites rien sur l'extrême droite".

  • Attention, je ne dis pas que tu minimises volontairement ou nies la gravité des faits, je te connais suffisamment pour savoir que tu ne valides pas ce genre de saloperie. Je dis que comparer des statistiques de morts pour répondre à un fait précis est un raisonnement fallacieux, quelle que soit l’intention. Je comprends le sens de ton commentaire, mais il ne fait que répéter le type de raisonnement que je démonte. L’intention que tu mets dans ce que tu dis ne change pas la structure de l’argument. Ma critique porte sur la validité du raisonnement, et non sur les intentions.

    C’est précisément ce raisonnement que je qualifie de logique fallacieuse : répondre à un fait par une comparaison avec un autre camp ne le réfute pas. L’intention que tu y mets ne change pas la façon dont l’argument est construit.
    Dire “l’autre camp fait aussi des saloperies, parlons-en” ne répond pas au point soulevé. C’est exactement le type de raisonnement que je décris et dénonce.

  • Deuxième commentaire avant d'avoir tout lu. Par la suite de ce que je citais, tu accuses de faire diversion en changeant de sujet. Sois assurée que si je le fais (je parle bien à la première personne), c'est par ricochet : je n'ai aucune raison de défendre un parti que je ne peux pas blairer...

    Par contre, j'ai des raisons de critiquer des lascars qui veulent un front républicain contre LFI alors qu'il y a dix-huit mois (ça date d'avant le 7 octobre 2023 où LFI a atteint un sommet dans l'ignoble) ces mêmes zozos appelaient à voter LFI pour faire barrage au RN.

  • Je tiens à rappeler l’angle d’attaque principal de mon billet, qui est d’analyser un argument du point de vue de la logique. Le fait que tu expliques pourquoi tu changes de sujet, même si le sujet en question est très pertinent dans le foutoir politique actuel, ne change rien au problème logique : répondre à un point précis par un autre débat politique reste un déplacement du sujet.

    Je le répète, les incohérences politiques que tu dénonce sont un sujet de débat parfaitement valide, que tu as d’ailleurs récemment évoqué chez toi. Mais dans le cadre de ce billet, elles ne répondent pas au raisonnement que j’analyse.

  • Décidément ! "Ce gars est venu foutre le bordel à un évènement de gauche. C'est pas malin, et c'est pas étonnant que çà tourne mal." Toujours à la première personne, je ne sais pas ce que tu as pu lire par ailleurs. J'ai dit "ce gars est venu foutre le bordel à un événement de gauche. Je n'ai pas dit la suite. Par contre, il ne faut pas exclure une responsabilité des zozos de l'ED...

    D'ailleurs : https://www.midilibre.fr/2026/02/24/des-militantes-de-nemesis-proposees-comme-appats-a-des-neonazis-pour-pieger-des-militants-antifascistes-sur-un-campus-13241872.php
    (je n'en dis pas plus, la source est l'Humanité donc n'est pas neutre).

  • Merci de ce lien. Coïncidence, les scénarios alternatifs ayant mené à la rixe mortelle seront évoqués dans mon billet suivant. Ici, je me limite volontairement à l’analyse des raisonnements.
    Encore une fois, je n’analyse pas qui a raison politiquement, j’analyse comment on raisonne.

    Et la phrase que je cite est un condensé de nombreux blablas vus en ligne et entendus dans les médias. J’ai bien précisé en introduction que mon billet ne vise personne en particulier, mais porte sur un type de discours, un schéma de pensée partagé par beaucoup.
    Il n’y a jamais de sous-entendus ou de sous-titres cachés dans mes prises de position. Si je souhaite cibler quelqu’un en particulier, la critique sera frontale et sans aucune ambiguïté.

  • Bon, j'arrête. Mais tu admettras que je peux me demander si ton raisonnement n'est pas un tantinet fallacieux...

  • Une accusation sans aucune démonstration n’est pas un contre-argument. Si mon raisonnement est fallacieux, il doit être possible de le déconstruire et de prendre mon éventuelle fausse logique en défaut.

  • Communication de service, car je viens de remarquer un truc embêtant: on dirait que Hautetfort ne permet pas à mes commentateurs de réagir à ce que je leur réponds via un bouton "répondre à ce commentaire", créant ainsi un fil de commentaires.
    Soit je m'y prends comme une brêle dans les réglages, soit c'est un problème structurel. Ce n'est en aucun cas moi qui verrouille le débat volontairement. Pas de çà chez moi! :o)

    Je vais voir ce que je peux faire, ou pas, au niveau admin du blog. En attendant, si vous voulez répondre à des réactions sur vos commentaires, je ne vois pas de solution à par dire: en réponse au commentaire de Trucmuche à 9h20, en donnant le nom et l'heure de publication. Oui, c'est chiant, et cela casse la fluidité de la discussion, mais j'y peux rien.
    Je vais voir ce que je peux faire.

  • Réponse à la réponse de 13h05 : ce n'est pas un pas un peu "fallacieux" ;-)

    Je ne dis pas "l’autre camp fait aussi des saloperies, parlons-en", je dis "vous n'en parlez jamais". En l'occurrence, "je" m'adresse à les dirigeants politiques qui depuis une semaine, suite à un meurtre, tombent sur LFI pour "inverser" le Front Républicain.

    Ainsi, tu vas finir par considérer toute réponse comme fallacieuse. En gros, on n'aurait plus le droite de dire que "c'est bien fait pour sa gueule" ou "ah ben merde on s'excuse".

  • La pertinence (ou pas) de taper à bras raccourcis sur LFI est également un sujet que je vais adresser bientôt. Ceci étant...

    Personnellement, Je n’interdis aucun propos. J’analyse la validité d’un raisonnement précis. Le reste sort du cadre. Reformuler exactement le même raisonnement sous une forme légèrement différente n’apporte aucun progrès dans la discussion. Je m’arrête là, car nous tournons en rond sur le même point logique.

  • Réponse au commentaire de 14h04 : "Ici, je me limite volontairement à l’analyse des raisonnements." N'oublions pas un élément à l'analyse des raisonnements c'est qu'ils ont été faits alors que l'on n'avait que très peu d'information sur les événements.

  • Ne nous emmêlons pas les pinceaux! Mon propos porte sur la forme logique des raisonnements, indépendamment des informations disponibles à ce moment-là.

  • Ah? J'ai écrit une réponse à 14h43, moi? Du diable si je la retrouve.
    [mode = humour second degré = réactivé] Si c'est une ruse de la Gauche pour tenter de me faire perdre les pédales dans ma propre argumentation, ma vengeance sera terrible.
    Bon, sérieusement, mets un émoji ou un MDR si tu plaisante, naudidjûû!

  • Bon, on va vous laisser entre vous, avec Nicolas, hein ? Sinon, rien à redire, faire de la concurrence macabre c'est mal. Et ce qui nous intéresse finalement, c'est comment libérer la gauche de cette plaie purulente de LFI et son chef vindicatif et revanchard. L'extrême droite ça a toujours été notre ennemi et on nous demande de le justifier devant des gamins militants chauffés à blanc et fanatisés par un vieillard médiocre. Seulement, nous découvrons qu'il y en a un autre dans nos rangs et on ne s'y attendait pas. Il est là le problème,à mon avis.

  • Bienvenue mon capitaine! Oh, tu peux te joindre à la bataille de polochons, ou l'arbitrer, ou rien du tout, comme tu le sens :o)
    Tu as parfaitement résumé en quelques phrases ce que j'estime également être le problème de la Gauche suite aux réactions de LFI en général, et de la Méluche en particulier, au sujet de toute cette triste histoire. C'est d'ailleurs un sujet que j'aborderai prochainement, dans un billet en cours d'écriture. Ayant pas mal de choses à dire sur cette affaire pour vider mon sac, il y aura en effet encore 1 ou 2 billets à ce sujet.

Écrire un commentaire

Optionnel