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Humeurs de Juliette

  • La dentiste me ramène à la géopolitique.

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    Tranche de vie: je voulais simplement aller chez le dentiste.

    En effet, j'ai de très bonnes dents, mais cela a un effet pervers: je suis extrêmement négligente pour ce qui est de ma santé dentaire. Cela fait bien 10 ans que je n'ai pas été chez le dentiste. Je sais qu'au minimum, un bon détartrage sera nécessaire pour éviter des problèmes futurs.

    Mon dentiste précédent a pris sa retraite, et de toute manière habitait une autre ville. Je demande donc à ma concierge si elle n'a pas un praticien à me recommander. Elle m'indique une clinique dentaire dans le quartier, et je repars avec le nom d'une dentiste sur un bout de papier. Je remarque distraitement que ce nom est d'origine étrangère, peut-être maghrébin ou moyen-oriental. Cela n'est pas surprenant dans une ville multiculturelle comme Bruxelles, où j'habite.

    Oui, il y a moyen de prendre rendez-vous via un site Web, et coup de bol, il y a un créneau dans les 48 heures. Je survole distraitement la page Web de la dentiste, et surtout son CV: diplômée d'une des meilleures universités européennes, stage dans des hôpitaux universitaires réputés et exercice de la pratique dans une clinique londonienne. Ca à l'air nickel.

    Le rendez-vous se passe bien, il y aura quelques menus travaux à faire et la dentiste m'explique de manière très didactique et avec une pointe d'humour les problèmes et les soins qui vont y remédier.

    Je ne suis pas ethnologue, mais je ne peux pas m'empêcher de détailler mon interlocutrice. C'est une jeune femme au visage frappant. Ses cheveux sont noirs d'ébène et ses yeux gris-bleu contrastent avec sa peau d'une blancheur de porcelaine. L'origine indo-européenne est claire comme de l'eau de roche. Mon Euro finit par tomber: au vu de son physique et de son nom moyen-oriental, elle est probablement d'origine iranienne.

    Un retour sur le site Web de la clinique va confirmer ce à quoi je n'avais pas prêté attention: le prénom de ma nouvelle dentiste signifie "femme noble et forte" en persan. Un petit tour sur l'onglet annonçant les langues qu'elle parle écrit le point final:

    Français, néérlandais, anglais, et persan.

    Et voilà l'actualité ainsi que mon propre vécu qui me tombent dessus au détour d'un simple rendez-vous chez la dentiste.

    Mon esprit se met en route en surmultipliée. Comment se sent-elle? A t-elle encore de la famille en Iran, dont elle n'a peut-être pas de nouvelles, à cause de la coupure d'Internet que le régime a mis en place pour pouvoir tuer à son aise? Quelle pression colossale a t-elle sur les épaules, en plus de sa charge de travail quotidienne et la nécessité de rester calme et rassurante?

    Et surtout, dois-je dire quelque chose, quelques mots de solidarité, ou bien la fermer lors de mon prochain rendez-vous? Me voici dans un de ces moments où je doute de ce qu'il faudra dire, ou ne pas dire.

    A ce stade j'ai quitté mon laptop et fais littéralement les cent pas dans le salon. Et comme à chaque fois que je suis perturbée et me sens impuissante, un sentiment puissant m'envahit: c'est la colère. Pas celle des coups de gueule, oh non. Celle-là a la froideur d'une lame d'acier inflexible.  Je sens une vague glacée remonter vers mon diaphragme, j'ai l'impression que des griffes et des crocs vont me pousser, et je pense que si mes cordes vocales étaient équipées pour cela, je grognerais. Il me faut une cible vers laquelle diriger ce pic d'adrénaline, et elle est vite trouvée.

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    En effet, où sont les manifestations de solidarité avec le peuple iranien? L'extrême-gauche, si vocale pour ce qui était de parler des pauvres Palestiniens, brille par son absence. La Gauche "classique" aussi, d'ailleurs. Quelques soc-dems respectables écrivent des tweets de protestation, mais c'est à peu près tout.

    Pas de manifestations dénonçant la violence répressive de la théocratie islamiste iranienne, drapeaux flottant au vent.

    Pas d'occupations de locaux universitaires (généralement accompagnées par les dégradations que l'on connaît.)

    Pas de rassemblements de masse face à l'ambassade iranienne, demandant la justice et la liberté.

    Pas de propositions de faire flotter des drapeaux iraniens au fronton des mairies, en solidarité avec les protestataires. Faut dire que si c'était le cas, cela voudrait dire ressortir le drapeau frappé du Lion et du Soleil de la monarchie iranienne, abondamment utilisé par les manifestants. Et çà, cela troue le cul d'une certaine Gauche.

    La Droite n'est guère plus vocale bien qu'elle assure un strict minimum via des communications sur les sites de ses partis, mais je n'en ai cure. Ma colère est trop forte que pour permettre une quelconque objectivité, et je retombe par réflexe sur me inimitiés habituelles.

    Non, décidément, nous avons affaire à un de ces conflits qui n'intéressent pas grand monde. En tout cas, pas de quoi se mouiller dans une manif dans la neige et la pluie froide de janvier.

    J'ai comme un goût amer dans la bouche. Et il n'a rien à voir avec celui de la lidocaïne qu'on va m'injecter dans les gencives mardi prochain. Mais il a tout à voir avec la notion d'anesthésie.

    L'anesthésie morale qui frappe les bien pensants lorsqu'un conflit ne les intéresse pas, alors qu'ils sautent partout comme des puces excitées quand leurs "victimes vedettes" sont impliquées.

    Et cela ne me dit toujours pas ce que je vais dire, ou ne pas dire, au Docteur S. mardi prochain.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

     

  • Fortitude.

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    Courage, compagnon de route, ne trébuche pas

    Même si ton chemin est sombre comme la nuit

    Une étoile guide les endurants, aie foi en sa Lumière

    Et fais ce qui est juste.

     

    Que la route soit rude ou monotone

    Avance bravement, fort ou fatigué

    Aie foi en la Sagesse, en la Raison

    Et fais ce qui est juste.

     

    Faiblissent les manoeuvres et les ruses

    Faiblisse tout ce qui craint la Lumière

    Que tu perdes ou que tu gagnes, suis ta conscience

    Et fais ce qui est juste.

     

    Certains te haïront, d'autres te flatteront

    Ne les écoute pas, regarde vers tes idéaux

    Sois fidèle à tes principes, à tes valeurs

    A ta vérité, et fais ce qui est juste.

     

    Rester simple est le guide le plus sûr

    Paix intérieure et force intérieure

    Etoiles qui demeurent sur notre chemin

    Ecoute la Raison, et fais ce qui est juste!

     

    D'après Norman McLeod, homme d'église écossais du XIXème siècle.

  • Donjons, dragons, prison.

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    Or donc, c'est fait: ce soir, Nicolas Sarkozy dormira en prison. 

    J'avais écrit un billet quand il a pris cinq ans assortis d'exécution provisoire, et j'avais abondamment commenté cette décision de justice sur divers blogs. Oui, je crois que quand on traîne toute une batterie de casseroles, il y a un moment où on finit par payer l'addition. Les magouilles c'est comme la Lune dans le ciel, parfois elle est cachée mais elle finit toujours par se voir. Non, je ne crois toujours pas au "complot des juges rouges". Et le proverbe disait vrai: le pouvoir corrompt, et le pouvoir suprême est un risque encore plus grand de corruption. Le jour de l'incarcération de Sarkozy devrait donc me laisser relativement indifférente vu que les choses étaient programmées depuis un moment.

    Pourquoi alors suis-je d'humeur aussi massacrante?

    Bien sûr, aujourd'hui n'est pas un jour de gloire pour ce qui est de l'image donnée par notre classe politique: un ancien chef de l'Etat derrière les barreaux comme le dirigeant déchu d'une vulgaire république bananière, il n'y a pas de quoi se réjouir. Mais je me rends compte que mon malaise est plus insidieux encore.

    J'ai été sarkozyste en 2007. Je ne l'étais plus en 2012. Petit à petit et au cours des années, j'ai adopté une démarche très circonspecte vis-à-vis des hommes politiques et des idéologies. Je préfère l'examen réfléchi des actions sur le terrain aux postures de partisans rangés derrière le chef avec le doigt sur la couture du pantalon. Je n'aime plus trop les adjectifs et qualificatifs en -iste et -isme, qui me paraissent assez réducteurs, bien que j'en use parfois comme facilité de langage.

    Sarkozy, donc. Au delà de ses idées, réalisations, revirements ou foirages, il a toujours eu une personnalité que les gens adoraient ou détestaient, mais qui laissait rarement indifférent. Il y a un côté émotif oriental chez lui, et une propension marquée à la transgression et à la disruption. Il porte en lui un peu de ce que les rôlistes de l'univers Donjons et Dragons identifient comme l'Etoile du Chaos. Dans cet univers, le Chaos n'est pas nécessairement destruction et bordel désorganisé, il peut également être promesse de renouveau et dépassement des anciennes croyances. C'est une arme à double tranchant, puissante mais souvent dangereuse.

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    Et c'est ici que ce billet cesse d'être politique pour entrer à pieds joints dans la sociologie de comptoir assaisonné de culture geek. Dans la vie réelle, je repère les individus dont la pensée est en alignement chaotique de façon immédiate et viscérale. La résonance est aussi naturelle que celle de l'aiguille d'une boussole qui s'aligne sur le Nord magnétique. Oh rassurez-vous, rien de pathologique n'en découle. Il n'y a pas de tueurs en série, de bandits de grand chemin comme Bonnie et Clyde, ou de révolutionnaires aux mains sanglantes dans mon petit Panthéon personnel (et Panthéon est un grand mot). Je ne crée pas de liens affectifs malsains avec de mauvaises fréquentations, ne souffre d'aucune assuétude (à part de discuter politique) et n'ai jamais eu de problèmes avec la justice. D'ailleurs, je recherche souvent parmi mes connaissances des gens stables et cartésiens qui contrebalanceront mes propres fulgurances, mon propre chaos. 

    Est-il donc vraiment surprenant qu'une personnalité comme Sarkozy ait attiré mon attention, par delà même de son positionnement politique? Bien sûr que non. Est-ce une des raisons pour les quelles sa chute m'agace? Y a-t-il encore un peu de sa personnalité chaotique qui ne me laisse pas indifférente? Il y a probablement de çà. Fin du capillotractage sociologique.

    De plus, il y a un peu de mon ancien moi que j'enterre en tournant pour de bon la page Sarkozy. L'époque où j'étais une idéaliste incapable de compromis, carrée, tranchante, d'une maturité politique à peine adolescente malgré mon âge adulte. Je relis parfois certains vieux billets de mon ancien blog de 2007...ah que j'étais naïve alors! Les portes de la prison de la Santé se referment avec un clic définitif sur ma naïveté d'antan. Je dois bien admettre que j'en suis parfois nostalgique. C'est sans doute la raison principale pour laquelle je suis de mauvais poil aujourd'hui.

    Cela veut-il dire que j'aurais gardé quelque part un petit peu d'affect pour cette vieille canaille de Sarko? Peut-être bien! Ce n'est pas rationnel, mais je suppose que c'est humain.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • Zut à la fin!

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    Voilà une matinée qui tourne au vinaigre: non seulement le gouvernement Lecornu a implosé en vol quelques heures après sa formation, mais mon confrère Nicolas se met en grève, car les évènements se succèdent de façon tellement rapide que les billets qu'il écrit deviennent obsolètes avant même d'être publiés. C'est mon cas aussi. Hier j'avais veillé assez tard pour écrire ce que je pensais du nouveau gouvernement dans un billet à publier ce matin après relecture, mais pouf, tout part en sucette. 

    Je décide donc de débrayer à mon tour et de prendre quelques distances avec l'écriture de billets politiques. Il est peut être enfin temps que je vous parle des derniers livres que j'ai lu, ou de mon amour pour le Science-Fiction, l'Heroic Fantasy et les jeux de rôles.

    Je ne sais pas combien de temps cette résolution tiendra. Peut être pas plus longtemps que le gouvernement Lecornu. Une des principales raisons pour lesquelles je n'ai pas envie d'élaborer sur la situation est que le ralbol provoqué par le spectacle piteux de notre classe politique additionné à une désillusion sarcastique croissante me ferait probablement dire des choses qui dépassent ma pensée et flirtent avec un certain populisme. Je ne suis pas immunisée contre ce phénomène, et même si mes barrières éthiques montent une garde vigilante, il y a des moments où le Côté Obscur de la Force me chatouille un peu le cerveau.

    Bien. Il ne reste plus à Macron que de nommer son chien Nemo premier ministre. Dans la Rome antique, un cheval avait bien été nommé consul. Bon, voilà que je recommence...tais-toi Juliette, et va boire une tisane.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.