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  • La Terreur sans guillotine: quand la pureté morale devient totalitaire.

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    Je regarde notre époque et je vois des idéaux nobles dévoyés par des passions tranchantes. Des gens qui se croient justes, mais qui répètent les erreurs du passé, habillés de hashtags et de moraline. 
     
    Je pense à Robespierre, à la Terreur, à la guillotine. Et je vois son fantôme rôder dans nos réseaux sociaux, nos militances, nos indignations expéditives.

    Un de mes grand-pères était Juif. De par mon histoire familiale, j’ai grandi avec la mémoire générationnelle d'un beau trou dans mon arbre généalogique, et des silences qui tuent. Je sais ce que c’est que d’être ciblé pour ce qu’on est, pas pour ce qu’on fait. Alors quand je vois des appels à « mettre une balle dans la tête » d’un responsable politique ou des hashtags nostalgiques de « la Veuve » — la guillotine — pour un désaccord sur une réforme… Je ne peux pas me taire. Il est temps de mettre le holà!

    Liberté d’expression ne veut pas dire impunité. Oui, je crois en la liberté d’expression. Mais je crois aussi que certaines paroles sont des actes. Et que banaliser la violence symbolique, c’est préparer le terrain à la violence réelle. L’Histoire nous l’a appris. Encore faut-il vouloir l’écouter.

    La nouvelle Terreur : la culture de la haine déguisée en purisme militant. Elle suit une logique dangereuse :

    Purifier. Exclure. Punir. Réduire l’autre à une faute, un privilège, une identité.

    Et surtout, ne jamais laisser place au doute, à la nuance, à la rédemption. La justice sans doute, c’est la Terreur. La vertu imposée par la peur, c’est la fin de la liberté. Je suis pour la justice, pour l’égalité, pour le respect. Mais je suis contre la haine qui se déguise en vertu. Philippe Bilger développe ce sujet de sa belle plume de magistrat dans un excellent billet sur son blog Justice au Singulier.

    Il n'y a pas si longtemps, un YouTubeur dont je ne citerai pas le nom pour ne pas lui faire de publicité, postait une vidéo où il tirait au calibre 12 sur une cible rebaptisée "électeurs de la LFI". Et disant que Mélenchon mériterait "du plomb dans la tête". Rien que çà! 

    Et que dire des hashtags #MacronLaVeuve, #MacronDécapitation et autres joyeusetés du même genre. Les Robespierre au petit pied sont de sortie en meute, comme tous les lâches, et veulent remplacer les bulletins de vote par le bon vieux rasoir national. Je suppose qu'ils se croient défenseurs de la démocratie et républicains. Scoop: ils ne sont ni l'un, ni l'autre.

    Attention, il y a une grande différence entre la grogne populaire et le lynchage virtuel. Récemment, un copain blogueur traitait Macron de nul, arrogant et insupportable, et c'est son droit le plus strict. On peut aussi employer un vocabulaire bien plus fleuri comme moule à gaufres, bachi-bouzouk, Ostrogoth ou crétin des Alpes, c'est tout à fait acceptable en démocratie. Mais quand on passe aux menaces de mort et aux accusations de haute trahison, une ligne rouge est franchie.

    Non aux violences politiques, d’où qu’elles viennent. Non à l’appel au meurtre déguisé en blague. Non au lynchage numérique. Je veux une liberté de parole critique et exigeante, pas une vertu inquisitrice. Et je refuse de confondre parole militante et fanatisme.

    Il y a longtemps que je ne perds plus mon temps sur les rézozos sociaux, je n'ai que faire des débats stériles en ligne, des dramas et autres shitstorms. Mais si je croise ce genre de comportement toxique dans la vie réelle, j'en demanderai raison, et ce quelle que soit la personnalité publique ciblée.