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Politique et sociologie - Page 3

  • Paresse et mondes virtuels.

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    Inutile de le cacher, pour le moment l'actualité politique, qu'elle soit nationale ou internationale, me fatigue un peu. Dans ce domaine, mon envie de faire des billets avec un tant soit peu d'analyse suit un schéma bipolaire: des poussées de créativité suivies de périodes de crampe de l'écrivain, puis le cycle se répète.

    Et pour le moment j'en ai marre de parler de Trump qui trahit ses alliés européens comme je l'avais prévu, de Poutine qui se délecte de la situation, de Macron qui nous sort des propositions intéressantes sur le fond mais inapplicables en pratique, de Wauquiez et Retailleau engagés dans un éternel combats de coqs, et j'en passe. Ils me fatiguent.

    Tout ce que j'attends - et je compte les jours - c'est le moment où je vais m'envoler vers un lieu où on fête Noël en maillot à la plage, et où la Croix du Sud brille dans le ciel.

    Par contre, je m'amuse beaucoup avec la création d'images par IA. Je suis passée de ChatGPT à Grok, beaucoup plus tolérant pour ce qui est de représenter des personnalités politiques dans des univers fictifs ainsi que des scènes de castagne convenant bien aux univers de jeux de rôle que j'affectionne. Depuis l'adolescence, je regrettais de ne pas être capable de dessiner quoique ce soit correctement, et de représenter sur papier ce que mon imagination fertile me proposait. Grâce à l'IA, ce handicap a disparu et je m'en donne à coeur joie.

    J'ai appris comment "discuter" avec le logiciel d'un prompt correct avant de lancer la création d'image, afin d'obtenir un résultat qui colle avec précision à ce que je veux. Je commence à me débrouiller assez bien! Cela m'amuse énormément de transformer nos politiques en personnages de jeu de rôle. Vous avez vu un exemple avec Macron dernièrement. 

    Cependant certaines limites sont vite atteintes: pour ce qui est des personnalités politiques ayant une exposition médiatique moindre par rapport à un Trump ou un Macron, Grok ne s'en sort pas très bien, même quand je fournis une photo haute définition de la personne. Il me faudra passer à d'autres logiciels plus évolués, comme Midjourney, Stable Diffusion ou Leonardo AI.

    Oui, je sais, cela s'apparente à du deepfake...mais pas vraiment puisque mes personnages sont toujours plaçés dans un univers visiblement fictif. Je ne me servirai jamais de l'IA dans l'intention de nuire.

    J'ai donc créé récemment une scène de navire du XVIIIème siècle pris dans la tempête, inspirée d'une scène du roman "La Désirade" de Jean-François Deniau, d'après la vie du flibustier français Jean Lafitte. L'IA ne sait visiblement pas où se trouve le gouvernail sur un navire, mais ce n'est pas trop grave, l'atmosphère y est.

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    J'ai également créé un personnage inspiré des films de comédie de science-fiction Men in Black. Il est calqué sur l'Agent K interprété par Tommy Lee Jones, un des acteurs phares du premier film: gueule bien carrée et traits façonnés à la serpe. J'y ai ajouté un air bien plus sinistre que l'original, et je trouve que c'est assez réussi.

    L'étape suivante: les vidéos. Mais je n'en suis pas encore là. En attendant, bienvenue dans mes univers virtuels!

     

    A la revoyure, 

    Juliette Evola.

  • Juliette-la-Teigne rebaptise nos politiques.

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    Vu que sur le plan tant national qu'international l'humeur n'est pas vraiment à l'optimisme et aux sourires béats, je me suis dit qu'un peu d'humour ferait du bien. Evidemment, comme j'ai grandi avec Coluche, Fluide Glacial et Charlie Hebdo, inutile de s'attendre à des lancers de petites fleurs délicates!

    En ces temps où l'humour au second degré est devenu une denrée rare, je rappellerai qu'il s'agit ici de satire, et certainement pas d'une intention de nuire. Je parlerai de châtiments métaphoriques, ce qui n'est pas proférer des menaces réelles. J'épinglerai la trahison politique, sans l'assimiler au crime du même nom qui vous mène face à des juges...ou pire. La seule chose qui pourrait pâtir de ce billet est l'ego des politiciens concernés (et peut-être de celui de leurs supporters) si jamais ils me lisaient.

    Venons-en au coeur du sujet. Voyez-vous, j'ai pris l'habitude de donner des surnoms à nos chers politiques. Taquins au minimum, carrément grinçants et méchants quand l'humeur m'en prend. Je me propose aujourd'hui de vous donner trois exemples.

     

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    Jean-Luc Mélenchon, le Lider Dhimmissimo.

    Cette expression fait évidemment référence au Lider Maximo, Fidel Castro. Culte du chef, méthodes de gestion interne du parti digne des grandes heures du totalitarisme rouge, coups de gueule dignes d'un général mexicain. La République c'est lui, crie t-il malgré un pied déjà dans la tombe. Pas passionnément antisémite, non, sauf quand cela l'arrange de flatter dans le sens du poil un électorat dont la frange la plus radicale l'est bel et bien. D'où l'allusion aux dhimmis, citoyens chrétiens et juifs des anciens califats qui se soumettaient à la loi islamique par peur et/ou par intérêt.

    Verdict: Jetons sa réthorique enflammée au feu purificateur. Modèle fission-fusion Teller-Ulam, thermonucléaire. Boum. Ca nettoie tout du sol au plafond, y compris les relents Hamas-ophiles et les vieilles effluves robespierristes. Accordons ensuite au personnage une retraite bien méritée dans une petite niche confortable dans la cour de l'Elysée, d'où il pourra admirer la valse des présidents qui se succèdent, sans jamais pouvoir accéder lui-même à cette position.

     

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    Edouard Philippe, la Grosse Tache Jaune.

    J'ai mes têtes, et j'ai ce type dans le nez depuis la déculottade de Notre-Dame-des-Landes. Eh oui, je suis une vieille peste rancunière. Le jaune est la couleur de la lâcheté et de la trahison. On ne connait pas très bien l'origine exacte de ce symbolisme, mais il viendrait des artistes peintres du Moyen-Âge qui avaient pour habitude de peindre Judas en tunique jaune dans les scènes bibliques.

    L'expression "Grosse tache jaune" vient du roman "Ouragan sur le Caine" de l'auteur américain Herman Wouk, porté à l'écran en 1954 avec, dans le rôle principal, le magistral Humphrey Bogart. Ce dernier interprète le rôle d'un commandant de la marine de guerre américaine, qui sera surnommé "Grosse tache jaune" par son équipage suite à sa lâcheté au combat, et sa propension à trahir ses officiers en les laissant porter tout le poids d'erreurs dont il n'est pas innocent.

    Verdict: trente pièces d'argent, envoyées en épaulé-jeté et avec élan. Vous me direz que j'y vais un peu fort avec la métaphore christique. Pas sûr: des politiciens qui meurent et ressuscitent, çà s'est déjà vu. Mais c'est là un tout autre sujet. Alors ne vous y méprenez pas, je ne joue pas aux vierges effarouchées et naïves: la trahison est courante en politique. Mais il y a la manière et le timing, et Philippe a foiré les deux de manière totalement stupide.

     

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    Emmanuel Macron, le berger qui criait au "loup inversé".

    D'où vient donc cette phrase absurde? Tout simplement d'une des fables d'Esope, qui raconte la légende d'un jeune berger qui s'amusait à crier "au loup" pour enquiquiner ses voisins. Au début ce fut la panique, puis les villageois cessèrent d'y croire, et le jeune berger criait "au loup en vain. Un beau jour un loup bien réel apparut et le berger donna l'alarme, mais personne ne le crut, pensant avoir affaire à une de ses blagues. Ce fut évidemment le carnage.

    Actuellement, avec Macron c'est l'inverse: tout ce qu'il peut dire ou faire à ce stade, même si c'était la meilleure idée du monde, sera immédiatement rejeté tout simplement parce que cela vient de lui. Même s'il émettait soudain des lingots d'or dans la cuvette des vécés au lieu des habituels produits finaux de la digestion, les gens arriveraient encore à dire que çà schlingue. Le niveau de mécontentement que Macron suscite a, dans bien des cas, dépassé le stade de la grogne populaire et de la critique argumentée légitime pour basculer dans le lynchage systématique. Dans certains cas, j'ai presque l'impression que cela frôle le phénomène d'hystérie collective. J'ai d'ailleurs un billet en gestation là-dessus, mais je m'égare.

    Toujours est-il que c'est pour çà que j'ai choisi l'image du "loup inversé", non pas un prédateur mais à l'inverse une bébête sympa. Le berger n'était plus cru même s'il alertait d'un danger bien réel, A l'inverse Macron ne sera plus jamais cru même s'il pond un truc valable.

    Verdict: Procédure Opérationnelle Standard en ce qui me concerne, pour tous les présidents passés, présents et à venir: un bizou si une décision me plait, du concentré de jus de pruneau si elle m'enrage. Le jus de pruneau est un puissant laxatif, et sera administré à titre de karma: quand on fait chier les gens, en retour on...enfin, vous voyez ce que je veux dire ;o)

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • Ukraine: le plan de paix de la honte.

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    Il y a quelques jours, le faiseur de paix auto-proclamé de Washington, sa très instable Majesté Donald 1er, a proposé un plan de paix en 28 points pour mettre fin au conflit en Ukraine. On voit que le Black Friday approche et que c'est les soldes: tout est bradé, tout doit partir! Petit florilège:

    2. Un accord global de non-agression sera conclu entre la Russie, l'Ukraine et l'Europe. Toutes les ambiguïtés laissées en suspens ces 30 dernières années seront considérées comme réglées. Ben voyons, c'est comme aller à confesse, on efface l'ardoise et on met toutes les choses dérangeantes sous le tapis. Bon plan pour la Russie qui verrait ainsi la fin des ambigüités territoriales au Donbass, et dans les zones de Donetzk et Louhansk, arrachées à l'envahisseur au prix du sang.

    3. Il est attendu que la Russie n'envahisse pas les pays voisins et que l'Otan ne s'étende pas davantage. Désopilant. De Pierre le Grand de Russie à Catherine II en passant par le peintre autrichien moustachu, bien des autocrates ont signé des pactes de non-agression. Avec les résultats que l'on sait.

    6. Les forces armées ukrainiennes seront limitées à 600 000 militaires. Ah, voilà. C'est à l'agressé qu'on demande de démilitariser, pas à l'agresseur. Fantastique!

    7. L'Ukraine accepte d'inscrire dans sa constitution qu'elle ne rejoindra pas l'Otan, et l'Otan accepte d'inclure dans ses statuts une disposition spécifiant que l'Ukraine ne sera pas intégrée à l'avenir. C'est tellement énorme que c'en est une insulte à l'intelligence. Cette clause retire techniquement à l'Ukraine le droit d'avoir des alliés qui pourraient la défendre en cas d'agression. Et cela doit être gravé dans la Constitution. On a un baril de vaseline en prime avec çà, j'espère?

    13. La Russie sera réintégrée dans l'économie mondiale, avec des discussions prévues sur la levée des sanctions, la réintégration du G8 et la conclusion d'un accord de coopération économique à long terme avec les États-Unis. Nous y voilà: on récompense l'agresseur impérialiste en lui offrant une nouvelle virginité. Répugnant.

    26. Toutes les parties impliquées dans ce conflit bénéficieront d'une amnistie totale pour leurs actions pendant la guerre et s'engageront à ne faire aucune réclamation ni n'envisager aucune plainte à l'avenir. Sans nul doute ma préférée pour ce qui est de l'ignominie! Pas possible autrement, c'est Poutine lui-même qui a pondu cette ligne. Amnistie pour les crimes de guerre, les tortures de prisonniers et même de civils, les viols comme arme de guerre. On croit rêver, ou plutôt cauchemarder.

    Je pourrais continuer longtemps car tout est du même acabit, mais j'ai envie de vomir.

    Cette proposition n'est pas un accord de paix, c'est un acte de capitulation en bonne et due forme. Avec un "allié" comme Trump, nul besoin d'ennemis - s'il vous arrive malheur, il y a de bonnes chances qu'il ne vous défendra pas. Cela fait un moment que Trump cire les pompes de Poutine, mais à ce stade ce n'est plus du cire-godasses, c'est du lustrage de poireau.

    Nous voici revenus à l'esprit de Yalta après la Seconde Guerre Mondiale: les grandes puissances s'arrangent entre elles sur le dos de l'Europe, qui n'a qu'un petit strapontin pour assister au dépeçage géopolitique. Et hélàs, même si Macron, Starmer, Merz et von der Leyen ont immédiatement réagi en vue d'essayer de peser dans la balance pour apporter des amendements à cet accord indigne...le poids diplomatique de notre Vieux Continent pèse bien peu face aux petits arrangements entre amis entre l'autocrate du Kremlin et le bouillonnant Agent Orange de la Maison Blanche. Car voyez-vous, ils partagent la même vision du monde: l'usage de la force décomplexé. 

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    A l'heure où des drones absolument pas russes, Poutine le jure, testent les frontières aériennes des pays baltes, de la Pologne, ou de la Belgique, il est grand temps pour nous Européens de changer de mentalité. La Paix dont nous nous étions accommodés depuis des générations n'est pas gravée dans le marbre. Il est temps de repenser une Europe forte avec une voix diplomatique conjointe, et une capacité militaire de dissuasion et de riposte crédible. Le tout sous parapluie nucléaire franco-britannique au cas où les USA nous laissent tomber comme de vieilles chaussettes. Plus facile à dire qu'à faire, et je n'en connais pas les moyens, mais je n'ai aucun doute sur le fait que la Coalition des Volontaires menée par la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne soit un premier pas - si embryonnaire soit-il -  dans la bonne direction.

    Mais j'ai lu des choses plus dérangeantes encore en réaction à cette proposition "d'accord de paix en levrette forçée". Et pas sur les rézozos sociaux que je ne fréquente plus depuis belle lurette, mais bien dans les commentaires de la presse en ligne, ou lors de discussions dans la vie réelle. Je passe sur la naïveté navrante de ceux qui disent qu'un mauvais accord de paix vaut mieux qu'une guerre. Churchill aurait bien des choses à leur répondre sur la guerre, la paix et le déshonneur. Je passe également sur l'aveuglement coupable de ceux qui prétendent que ce qui se passe en Ukraine ne nous regarde pas...alors que nous avons un conflit actif aux frontières de l'Europe, à peine à 2000 kilomètres de Paris. Et que l'Histoire nous a prouvé que lorsqu'une puissance impérialiste a recours à la force pour faire bouger les frontières, elle y prend vite goût.

    Car il y a bien pire discours. Celui de ceux qui ne se gênent pas pour blâmer la victime et ses défenseurs face à l'agresseur. La guerre serait de la responsabilité de Zelensky, et elle continuerait par sa faute et celle d'un Macron, ou d'un Keith Starmer, ou d'un Friedrich Merz, qui seraient d'horribles va-t-en-guerre. Les jean-foutre qui tiennent ce genre de discours me feraient pitié si je n'étais pas capable d'autre chose que d'un mépris glacial. 

    Car ils sont sous emprise - dans le sens psychologique du terme - comme les victimes de pervers narcissiques qui adulent leur bourreau et lui pardonnent au lieu de le blâmer. Ils font aussi penser aux gens qui condamnent la femme violée au dépens de son violeur, car elle n'aurait pas dû s'habiller sexy, et a "probablement provoqué les choses."

    D'ailleurs, la boucle est bouclée: Trump vient de pointer un doigt accusateur vers l'Ukraine, qui a rejeté son pacte capitulard. L'Ukraine n'aurait, à l'entendre, "aucune gratitude". La victime transformée en coupable, la vérité devenue mensonge. 

    Tout au long de l'Histoire humaine, on a toujours pu trouver des hommes pour les missions et les postures déshonorantes. Méfiez-vous: dans beaucoup de cas, la trahison n'est pas loin.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola

  • Les dilemmes de la blogueuse expat.

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    Je suis souvent portée sur l'introspection excessive et le coupage de cheveux en quatre, et ce billet en est peut-être un exemple. Vous en jugerez. Ma réflexion du jour est qu'il n'est pas si facile de bloguer sur des sujets politiques lorsque, comme moi, on n'habite pas en France. Pas pour des raisons de compréhension de la situation, mais bien d'éthique et d'honnêteté intellectuelle. Je vous explique.

    Oh bien sûr, je n'ai jamais rompu le contact avec la Mère Patrie. J'ai de la famille en Savoie et en région lyonnaise, ainsi que pas mal d'amis ici et là. Ma meilleure copine, expat elle aussi, est originaire du beau pays de la Loire. Je suis une amie de sa (grande) famille avec laquelle je pars souvent en vacances. On ne peut donc pas dire que je sois larguée de la réalité de mon pays, et les occasions de parler politique ne manquent pas.

    Et pourtant...une certaine déconnexion existe bel et bien. J'observe les évolutions de la situation politique confortablement installée dans mon fauteuil, ici à Bruxelles. Une crise, une réforme, une mesure fiscale ne me frapperont pas directement, et n'auront pas d'incidence sur ma vie quotidienne. Elles en auront pour ma famille et mes amis, certes, mais ma propre situation restera inchangée. Je ne ressentirai pas, dans ma chair et mon esprit, les effets des causes que j'observe.

    A contrario, en ce moment même, l'Etat belge a, lui aussi, les plus grandes difficultés à accoucher d'un budget. Et la nature de ce dernier aura probablement des conséquences dans ma vie de tous les jours. Réflexe bien naturel et humain: je m'en préoccupe beaucoup plus pour l'instant que de celui qui est discuté en ce moment à l'Assemblée Nationale!

    Ce que je veux dire, c'est que mon approche de certaines questions reste forcément en porte-à-faux avec la réalité. Sans vivre directement une situation, il est impossible d'émettre un jugement qui soit autre chose qu'une vue de l'esprit, une approximation théorique. Je me sens un peu comme une nonne à qui on demanderait d'écrire un traité sur la sexualité. Ladite nonne pourrait le faire, son intellect le permet, mais l'aspect empirique de la question serait forcément absent!

    Je ne peux décemment pas m'amener avec mes grosses godasses et expliquer à un pékin pourquoi la réforme Machin-Truc est douloureuse mais nécessaire alors que je n'en ressens pas les conséquences. Car si j'y étais confrontée, j'aurais peut-être un tout autre avis! Cela ne correspond pas à mon éthique personnelle qui est de tâcher de maintenir une certaine honnêteté intellectuelle et de ne pas me poser en Madame Je-Sais-Tout donneuse de leçons. On ne va pas dire à autrui ce qui est bon pour lui alors qu'on n'a jamais goûté soi-même au remède qu'on prétend prescrire!

    Alors oui, je peux vous parler de stratégies de communication politique, comparer des méthodes de gouvernance, chipoter sur un point de la Constitution, débattre sur l'issue d'un procès médiatisé, comparer une idéologie à une autre ou tâcher d'analyser pourquoi une personnalité politique plaît à mes compatriotes alors que telle autre leur file des boutons. Mais entrer dans l'analyse de situations qui nécessitent, pour être totalement comprises, le réglage fin de l'expérience personnelle...j'estime qui faut marcher sur des oeufs afin de ne pas courir le risque de passer pour une sotte en train de jacasser sur des sujets dont elle n'appréhende que la théorie. 

    Cela ne veut pas dire que je ne doive pas avoir d'opinion, ou que je m'interdise totalement de l'exprimer. Mais j'entrerai dans ce genre de discussions - pour peu que j'y entre - avec l'avertissement d'usage suivant: "je garde à l'esprit que mon opinion reste assez théorique, mais je pense que...bla bla bla". La nuance est subtile, mais importante.

    Bien sûr, le fait d'être un peu en retrait offre aussi des avantages, comme de bénéficier du recul, de la hauteur de vue qu'il est impossible d'avoir en étant au coeur de la mêlée. Mais il faut faire attention. Tant qu'une opinion n'a pas été testée au banc d'essai du réel, elle n'est que théorie. Se baser sur cette supposition est l'essence même de la pensée scientifique.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

     

  • Les petites phrases du Général de Gaulle.

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    "Les Français sont des veaux! Ils n'ont pas encore compris qu'ils ont perdu la guerre. Ils méritent ce qui va leur arriver".

    C'est avec cette phrase très dure, rapportée par André Malraux après l'Appel du 18 juin 1940, que Charles de Gaulle inaugurait une série de "petites phrases" prononcées tout au long de sa carrière. L'analogie avec les veaux marquait sa tristesse et son exaspération face à une partie de la population française qui allait suivre de manière résignée et apathique la voie de la collaboration et donc de la trahison.

    Mais nous ne sommes pas ici pour un cours d'Histoire. Je voulais partager avec vous l'agacement que je ressens à chaque fois qu'un quidam sort des phrases du type: de Gaulle ne se serait jamais comporté ainsi. de Gaulle n'aurait jamais dit çà. Le pauvre Général doit se retourner dans sa tombe à chacune de ces tentatives de psychotage provenant de gens qui, assurément, savent mieux que lui ce qu'il penserait, ferait et dirait dans les circonstances présentes.

    Dans ce billet, j'aimerais me pencher sur certaines de ses "petites phrases", et imaginer la réaction qu'elles susciteraient dans un monde de la communication régie par les rézozos sociaux et la quête permanente de la phrase polémique. Je n'ai pas succombé aux sirènes de l'IA pour ce faire. Je me suis basée sur 3 bouquins que je cite en fin de billet et où je savais trouver quelques anecdotes croustillantes.

    Nous avons donc commencé avec "les Français sont des veaux". Continuons:

    "Les français sont des enfants gâtés. Ils râlent sans cesse, mais ne veulent rien changer." Phrase reportée par Alain Peyrefitte dans un contexte de grogne sociale en 1966-1967. Cette phrase a un petit parfum de "Gaulois réfractaires", non?

    Il y a aussi le fameux "La réforme, oui. La chienlit, non. Et la chienlit, ce n'est pas moi!" lors des évènements de mai 1968. Et de surenchérir:

    "C'est purement négatif de toujours remettre tout en cause. C'est, en somme, la marque des faibles et des incapables".

    Ou encore: "La mollesse française est d'une extrême épaisseur. Mais même en France, elle n'est pas l'avenir, qui est aux forts."

    Un petit peu de "vivre ensemble"? Voilà: "Je vais vous dire ce que c'est que l'Afrique: c'est noir et çà grouille." Ouille! Le bruit et l'odeur à côté, c'est de la petite bière.

    Imaginez un peu le tollé que provoquerait ce genre de petites phrases si les médias et les réseaux actuels s'en emparaient. Elles seraient immédiatement considérées comme du mépris et du paternalisme outrancier vis-à-vis d'une partie de la population. Quant à la petite touche sur l'Afrique, incidents diplomatiques en vue.

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    Et qu'en est-il de ces autres saillies au sujet de la conception de la gouvernance, si elles étaient transposées à notre époque où le mot "dictateur" est si vite dégainé? Allons-y pour un petit florilège:

    "Les partis, c'est le cancer de la France". Carrément!

    "Il ne peut y avoir qu'une seule autorité: la mienne."

    Nous voyons à quel point de Gaulle considérait le Président comme une figure d'autorité solitaire, qui n'exerce pas le Pouvoir mais est le Pouvoir incarné. Sa parole est rare et très verticale, en contraste flagrant avec le bruit de fond constant des réseaux sociaux et des media modernes, où la parole est continue, égalitaire mais diluée. Les politiciens modernes, Président en tête, usent et abusent de cette stratégie de l'exposition médiatique quasi constante. Qui écoute encore vraiment ce brouhaha omniprésent?

    Tout çà pour vous dire que beaucoup de gens ressortent le Général du placard au moindre mécontentement, en ignorant involontairement ou volontairement la sévérité avec laquelle il s'exprimait souvent. Je ne manque jamais de donner à ces nostalgiques une petite piqûre de rappel dès que j'entends ce type de raisonnement. Car oui, en son temps de Gaulle n'était pas encore tout à fait la figure quasi mythique qu'il est devenu. Certains le disaient arrogant, autoritaire et paternaliste, et voyaient en lui un dictateur potentiel. N'avait-il pas activé l'Article 16 de la Constitution lors du putsch des Généraux en 1961 en Algérie?

    Vous me rétorquerez sans doute - non sans logique - qu'il est impossible de comparer un chef de guerre et chef d'Etat ayant gouverné il y a plus d'un demi-siècle à l'offre politique actuelle. Et ce n'est pas faux. Mais là n'est pas mon propos. Je tiens simplement à souligner que le Général a bel et bien atteint le statut d'icône nationale idéalisée, mais que lorsqu'il avait quelque chose à dire il ne mâchait pas ses mots, et pouvait être extrêmement tranchant.

    Et qu'à notre époque, où il n'y a plus moyen d'être un peu cash en ligne sans que quelqu'un ne se sente rapidement offensé et crie à la micro-agression, notre bon Général aurait probablement suscité quelques psychodrames suite à ses petites phrases bien senties.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

     

    Ouvrages consultés:

    Les Chènes qu'on abat - André Malraux, 1971

    De Gaulle, mon père - Philippe de Gaulle, 

    C'était de Gaulle - Alain Peyrefitte (1994-2000)