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Politique et sociologie - Page 2

  • Chaos ambient et humeur printanière.

    ChatGPT Image 23 mars 2026, 14_47_02.png

    Fin février, il y a eu 6 mois que j'ai recommencé à bloguer, après un hiatus d'environ 18 ans. Je comptais écrire un billet pour faire le bilan de ces 6 mois, mais l'actualité brûlante m'en a empêchée. Dans ma première note, je précisais vouloir tenir un blog généraliste dans lequel je parlerais de temps en temps de politique, mais force est de constater qu'à part quelques rares billets sur l'IA, je n'ai parlé que de çà, MDR!

    Néanmoins, l'envie de parler politique suit chez moi un schéma biphasique: pendant un certain temps je m'excite sur divers sujets d'actualité, généralement de manière sarcastique, puis vient une pause durant laquelle tout cela me fatigue un peu.

    Le printemps est revenu en ma bonne ville, les parcs sont plein de fleurs et on sort les premiers barbecues...je vous avoue que j'ai bien plus envie de faire des randonnées en forêt que de m'enfermer face à mon ordinateur, à la recherche de sujets qui régulièrement me retourneront l'estomac de par leur nature anxiogène.

    J'aurais fait une très mauvaise politicienne: je suis capable d'analyse froide mais je m'investis fortement dans mes émotions, et même des évènements sur lesquels je n'ai aucun contrôle feront vibrer ma fibre affective. Et ne nous y trompons pas, il n'y a dans mon caractère nulle tiédeur: je peux souhaiter des compromis si le bien collectif l'exige, mais il n'y a en moi pas une once de consensus mou.

    Bref.

    Je pourrais parler des municipales, mais franchement je n'ai guère eu envie d'analyser les statistiques et les résultats de ville en ville. Les palabres qui suivent lesdits résultats des scrutins vont toujours un peu dans le même sens: ceux qui ont gagné ont gagné, ceux qui ont perdu se félicitent de ne pas avoir trop perdu, donc d'avoir un peu gagné quand même, et tous se livrent à des contorsions spectaculaires pour dire qu'ils sont, ou restent, ou sont en passe de devenir la première force politique de France. D'accord, j'exagère, mais pas tant que çà. 

    Question stratégies il y a quand même quelques baffes (méritées) qui se sont prises. Je n'ai pas envie d'élaborer au sujet des stratégies électorales hasardeuses de la Gauche auxquelles je fais allusion, donc je me bornerai à citer un politicien britannique dont j'ai oublié le nom: donnez à vos adversaires suffisamment de corde, et ils finiront par être suffisamment stupides que pour se pendre eux-mêmes. Comprenne qui pourra.

    Impossible de ne pas dire quelques mots au sujet de la situation en Iran. Je suis souvent une éternelle pessimiste, et c'est le cas ici. Oui, cela m'a fait bien plaisir de voir le régime des mollahs s'en prendre plein la figure, et la disparition du guide suprême Khameinei ne m'a fait verser aucune larme. Cependant, je ne crois pas à une résolution rapide du conflit, et j'émets quelques doutes quant au renversement du pouvoir en place. Je ne pense pas que Trump enverra des troupes au sol. Il n'est pas aussi stupide que d'aucuns le pensent, et l'enlisement des USA lors d'autres aventures martiales moyen-orientales est encore dans toutes les mémoires. 

    Pour ce qui est d'une insurrection populaire qui renverserait le régime islamiste, il faudrait que les opposants soient organisés et armés. Ce n'est pas le cas. La branche politique des Gardiens de la Révolution est fortement enracinée à tous les niveaux de l'Etat, de l'armée et de l'administration. Ces gens lui doivent leur situation professionnelle, ils ne tourneront pas casaque facilement.

    L'Iran est un gros morceau à avaler: la guerre dure depuis près de 3 semaines, et ils sont toujours là, affaiblis mais combatifs, à riposter, porter des coups et envoyer des missiles.  

    Et évidemment il y a le Détroit d'Ormuz, par lequel transite une bonne partie du commerce pétrolier mondial. Le contrôle de ce point stratégique est une sacrée carte maîtresse. Nous le sentons déjà en faisant le plein, et si le conflit s'éternise nous ne tarderons pas à le sentir en faisant nos courses alimentaires. En effet, l'industrie agro-alimentaire est liée directement ou indirectement à l'industrie pétrochimique, via la production d'énergie et d'infrastructures basées sur les dérivés du pétrole.

    Je crains fort que soit le conflit ne s'enlise, voire tourne au chaos ou à la guerre civile, soit s'arrête et que l'on retrouve un Iran affaibli certes, mais qui avec le temps se ré-armera et recommencera à jouer son rôle de maître marionettiste du terrorisme international.

    Pareil pour le Hezbollah, qui dépend directement de l'Iran. Israël va leur mettre une pile et les affaiblira provisoirement...mais si l'Iran se redresse dans quelques années tout sera à refaire. 

    Les conflits au Moyen-Orient, c'est comme la malaria. On n'en guérit pas, on est tranquille un moment mais une crise finira toujours par réapparaître.

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    Pour ce qui est d'Israël, je voudrais faire une parenthèse informative. Quand on parle de gens dans des abris qui se prennent vague après vague de missiles balistiques, les occidentaux on tendance à s'imaginer une population terrorisée se terrant dans des sous-sols crasseux. Rien n'est plus éloigné de la réalité.

    Non seulement dans les abris mais aussi dans les parkings en sous-sol, des villages souterrains se créent de façon organisée. On y amène des tentes utilisées d'habitude quand on fait du camping, ainsi que tables et chaises. On décore les lieux pour célébrer mariages et anniversaires. Des discothèques clandestines (mais tolérées par la police et la protection civile) apparaissent, avec DJ, platines et karaokés. Les plus grands hôpitaux du pays comme l'Hôpital Ramban à Haïfa ont ré-amménagé en sous-sol. Tous les services, y compris la chirurgie, étaient à nouveau opérationnels au bout de 12 heures. On donne cours aux enfants, des garderies ont été installées, on a amené les croquettes de Médor, des toilettes provisoires et de quoi les désinfecter sont en place. Moshe râle parce qu'il n'y plus de chocolat en réserve, et Esther soupire car les explosions des missiles anti-missiles du système Dôme de Fer sont quand même fort bruyantes, et que le chat en a pissé de trouille hors de son bac.

    Je sais tout cela non pas via une propagande d'origine discutable, mais parce que des amis sur place me racontent ce qui se passe en direct. Je ne m'en fais pas pour eux, et ils tiendront moralement autant de temps qu'il faudra. Vous pouvez penser tout ce que vous voulez des Israéliens et de la politique de leur gouvernement, mais ils ont des colonnes vertébrales non pas en os, mais en acier au carbure de tungstène.

    Eh bien voilà, je voulais vous faire une revue de ces 6 mois de blog, et je suis à nouveau repartie sur l'actualité. Je suis décidément irrécupérable!

    Terminons malgré tout ce billet d'une façon légère et positive. Lorsque j'ai ré-ouvert mon blog, je ne pensais pas retrouver l'ambiance qui régnait dans la blogosphère de 2007. Et bien si, je l'ai un peu retrouvée! C'est toujours agréable et stimulant de trouver des commentaire sous mes billets, et parfois d'engager des débats acharnés. Et avec les présidentielles de l'an prochain, je suppose que les sujets ne manqueront pas!

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola

     

  • Humour d'entre deux tours.

    élections municipales,PS,LFI,RN,Mélenchon,Bardella,Le Pen

    Allons, souriez, voyons! C'est de l'humour. Et un petit dessin vaut mieux qu'un long discours.

    Humour vache, certes, mais après tout, les municipales: même la presse belge en parle! J'aurais voulu vous donner un échantillon représentatif, malheureusement les articles de fond sont réservés aux abonnés.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • Victimes stratégiques: mode d'emploi.

    ChatGPT Image 23 févr. 2026, 15_46_58.png

    Se poser en victime. Nous l'avons tous fait, un jour ou l'autre, et c'est humain. Ce matin, vous avez raté votre train, êtes arrivé en retard au boulot et vous êtes fait engueuler par votre manager, tout cela pour apprendre à la réunion suivante qu'un jeune coq bien moins expérimenté que vous sera promu au poste que vous lorgniez depuis longtemps. Voilà une journée calamiteuse qui vaut bien la peine que vous pleuriez sur votre propre nombril pendant un moment!

    Mais il y a ceux qui font de la victimisation leur fonds de commerce permanent. Ils ne s'apitoient pas sur leur sort qu'une fois de temps en temps, mais systématiquement. Vous les avez déjà croisés: ceux qui sont maltraités par la vie, mais c'est toujours la faute de quelqu'un d'autre. Ils ne réussissaient pas bien à l'école? Tous les profs étaient injustes avec eux! Ils se font virer pour la énième fois de leur boulot? Tous leurs managers étaient des salauds, et ils étaient des génies incompris. C'est la troisième copine qui les plaque? Toutes des garces!

    Je les appelle les "ouin-ouin", ou les Caliméro. Profils toxiques à éviter autant que possible.

    Dans les cas que je viens de décrire, il s'agit d'un comportement social, un modèle de fonctionnement psychologique. Mais, et cette fois je me tourne vers le monde politique, se faire passer pour une victime alors que dans les faits on n'a ni la conscience ni les mains immaculées, ce n'est pas un réflexe instinctif mais bien une stratégie calculée. Elle est commune à tous les bords politiques. Admirons quelques exemples:

    Voici un Sarkozy, qui cumule plus de casseroles qu'un magasin de quincaillerie, mais se pose en martyr quasi christique, priant à genoux dans sa cellule et écrivant un livre où tous les acteurs d'une cabale imaginaire y passent. Le complot des juges rouges. L'Etat de Droit, atrocement bafoué nous dit-il. Le "système", qui depuis des années veut sa peau. Macron lui-même, qui l'a laissé finir au violon, après l'avoir en outre privé de sa Légion d'Honneur

    Et voilà Marine Le Pen, qui s'est quand même fait prendre avec les doigts dans le pot de confiture, se poser également en victime: son procès n'est qu'une machination visant à l'empêcher de se porter candidate à la présidentielle. Faut dire que pour ériger des totems de victimisation, son parti n'est pas en reste pour se poser en parias du fameux "système". C'est une stratégie de communication bien rôdée. Pour qu'elle fonctionne, il faut faire appel à des méthodes populistes bien connues, notamment le leader injustement calomnié, et le "peuple pur" contre les élites, théorie si bien expliquée par Robespierre et son copain Saint - Just.

    Stratégie, le mot est lançé. Nous allons analyser les méthodes qui la sous-tendent, à chaque fois qu'elle est employée.

    Je vais donc maintenant aborder le coeur du sujet, en examinant la stratégie de communication de LFI en général, et de Mélenchon en particulier, qui se met en place dès que quelque chose leur est reproché.

    Que disent les Méluche, Bompard, Panot, Delogu et compagnie lorsqu'on les pointe du doigt pour des faits d'incitation à la violence, de violence tout court, ou de proximité assumée avec des gens aussi louches que la Jeune Garde? Eh bien, ils jurent leurs grands dieux qu'ils ne sont pas responsables de quoique ce soit. Ils ont toujours condamné la violence politique. Ils sont les innocentes victimes de gens qui font de la récupération politique de faits douteux ou tragiques afin de les diaboliser. Et si ma tante en avait...

    Pourquoi adoptent-ils cette ligne de défense? Il y en avait deux possibles: celle de dire OK, on fait une pause pour réfléchir et analyser, une sorte d'audit interne afin d'être sûrs qu'il n'y a pas de pommes pourries chez nous. Et s'il y en a, on les virera. La seconde ligne de défense, à laquelle nous assistons de façon quasi systématique, est de tout nier en bloc et adopter une mentalité de camp retranché.

    Cette attitude n'est ni un réflexe de défense, ni un signe de gêne, ni une crispation: c'est une stratégie politique structurée. Décortiquons ses mécanismes.

    Pour se transformer en victime, il faut d'abord trouver de faux "vrais coupables": le "système", les opposants politiques, les journalistes "orientés", la Droite républicaine qui est en fait cul et chemise (noire) avec l'hydre fasciste, bref il faut un complot idéologique. Cela fonctionne très bien sur les électeurs déjà méfiants envers les Institutions. Le message devient alors simple: "si je suis attaqué, c'est qu'on veut m'abattre politiquement, et si on veut m'abattre c'est donc que je dis la vérité! Je suis un quasi martyr!".

    Ensuite, le "je n'y suis pour rien". Peu importe si on déclare depuis des années qu'il faut "tout conflictualiser", qu'on traite des groupuscules satellites violents comme la Jeune Garde (officiellement dissoute, officieusement encore présente) de "chers jeunes camarades qu'on admire" et qui devraient penser à des "méthodes impactantes" pour contrer les fachos, qu'on martèle à longueur de temps que "la police tue", qu'on traite tous les Israéliens de génocidaires...tout cela n'est rien!

    Car enfin, ce n'est pas Mélenchon qui ordonne explicitement de taper sur des opposants! Légalement, cet argument est valide. Sur le terrain, il ne l'est pas. Instaurer un climat de conflit et de violence verbale contribue certainement à ce que les éléments les plus radicaux du mouvement se sentent pousser des ailes. S'il y a bien une constante dans l'Histoire, c'est que lorsque la violence verbale est présente, la violence physique n'est pas loin de montrer le bout de son vilain nez.

    Je pourrais citer bien des déclarations de LFIstes jurant leurs grands dieux qu'ils sont blancs comme neige en toutes circonstances, n'ont jamais contribué à un climat de violence, et qu'ils sont en fait les véritables victimes. Palme d'or à Alma Dufour qui a déclaré qu'elle mettait ses deux mains à couper que Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, n'avait rien à voir avec une triste affaire de violence ayant eu lieu à Lyon dernièrement, avec la mort en résultat. J'espère qu'elle se remet bien de sa double amputation!

    Il faut bien sûr un ingrédient pour que la sauce prenne complètement: une bonne vieille théorie du complot. Un exemple: une rixe entre l'extrême-gauche et l'extrême-droite a éclaté? C'est certainement un guet-apens monté par l'extrême-droite pour attirer de pauvres gauchistes dans les filets de néo-nazis ivres de sang. De préférence, une seule source (de gauche bien sûr) sera lanceur d'alerte. Aucune enquête n'aura encore prouvé quoique ce soit, mais certains, qui ont tellement envie d'y croire, se jetteront sur la rumeur comme un affamé sur une assiette bien garnie. Le biais de renforcement positif (ou biais de confirmation) est en effet extrêmement fort: le cerveau humain a tendance à croire en priorité ce qui va dans son sens. 

    Voilà, la stratégie du martyr est en place. Les vrais responsables, c'est le camp d'en face, qui diabolise. Critiquer le chef devient une trahison et une preuve de complot. Ceux qui ont les mains sales sont devenus intouchables, le blindage rhétorique mis en place est impénétrable. L'inversion accusateur - accusé est maintenant complète.

    Vous voulez un mini-kit qui vous permettra d'identifier ce genre de stratégie manipulatrice? Posez-vous ces 4 questions:

    - Le problème est-il nié en bloc, dans un déni total, sans nuance, sans autocritique, sans allusion de responsabilité indirecte?

    - Y a t-il inversion morale: ce ne sont plus les actes ou le climat politique qui sont en cause, mais ceux qui les dénoncent?

    - Le camp qui se victimise est-il sanctifié, à savoir est-il décrit comme un club de blanches colombes?

    - Y a t-il un parfum de complot, comme des médias ligués pour traîner le Parti dans la boue? Ou un évènement non vérifiable par plusieurs sources indépendantes qui cible l'adversaire pour retourner le narratif coupable - victime?

    Si la réponse est oui à ces quatre questions, vous avez affaire à une stratégie de victimisation. Seulement voilà: ce genre de stratégie est basé sur des ficelles suffisamment grossières pour que, très rapidement, les mensonges commencent à se voir.

    Et pour l'instant, le nez des Pinocchio LFIstes s'allonge considérablement.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • Les discours politiques fallacieux sous le scalpel de la logique.

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    Bienvenue dans ma salle d'autopsie. Il y a un cadavre sur la table de dissection. Pas un véritable cadavre, non, mais la dépouille métaphorique des faits objectifs, zigouillés par la logique fallacieuse. Je vais disséquer tout cela pour vous.

    Tout d'abord, quelques définitions. Qu'est-ce que la logique fallacieuse? C'est un raisonnement apparemment logique et convainquant, mais qui cache en fait un piège qui le rend faux et trompeur. Il grouille d'erreurs de logique, et le discours ne résiste pas à l'analyse. 

    Quelques exemples simples parmi bien d'autres avant d'entrer dans le vif du sujet:

    "Oui, je ne respecte pas les limitations de vitesse. Mais sur cette route, personne ne le fait". Vous justifiez un comportement injustifiable parce que tout le monde le fait. Raccourci, rupture du lien logique, et déculpabilisation: c'est de la logique fallacieuse.

    "Ah, vous êtes végétarien? Comme Hitler, alors (avec un regard lourd de sous-entendus)." Vous êtes coupable de culpabilisation par association, en liant deux sujets n'ayant rien à voir l'un avec l'autre: manger végétarien, et un meurtrier de masse. Vous associez des pommes et des poires en sous-entendant un lien de cause à effet inexistant: là aussi, c'est de la logique fallacieuse.

    Précisons une différence importante: si la personne utilise ce type de langage en se trompant de bonne foi, c'est appelé un paralogisme.

    Si par contre il y a intention volontaire de tromper ou manipuler l'auditoire, il s'agit d'un sophisme

    Cette technique est abondamment utilisée tous bords politiques confondus, surtout en période de tension: crise grave, campagne électorale, etc...J'aurais tendance à penser que beaucoup de débatteurs en ligne et autres YouTubeurs utilisent des raisonnements fallacieux de bonne foi, sans agenda caché et en ne réalisant pas que leur rhétorique est caduque sur le plan logique. Les politiciens, par contre, c'est une autre affaire! Pour certains, le raisonnement fallacieux est devenu une technique de combat comme une autre.

    Je vais maintenant entre dans le vif du sujet en vous décryptant quelques exemples de logique fallacieuse que j'ai pu trouver ces derniers jours sur divers blogs, forums de discussion politique, et même dans les médias au sujet de "l'affaire Quentin". Rappelons lesdits faits: un être humain s'est fait lyncher à coups de pieds dans la tête, et a été laissé pour mort sur le pavé. Cà, c'est la description objective (et choquante dans sa laideur) de ce qui s'est passé.

    Voyons maintenant ce qui circule. Je n'ai retenu que les types de raisonnement qui reviennent régulièrement, pas les déclarations isolées et marginales. Il ne s'agit pas de cibler des personnes spécifiques, mais bien d'analyser des types de comportements répétitifs vus sur la Toile.

    Premier type d'argument:

    Oui, un mort c'est moche. Mais l'extrême-droite fait bien pire, 59 morts contre 6 pour l'extrême-gauche sur les 40 dernières années.

    Bingo! Trois raisonnements fallacieux en une seule phrase!

    - Le "whataboutisme", ou "oui, mais l'autre".

    Au lieu de répondre sur le fond, sur un fait précis - un acte de violence lié à l'extrême-gauche, on déplace le sujet vers un autre camp. C'est une stratégie d'évitement dans laquelle on noie le poisson en déviant le sujet. Votre interlocuteur se sentira peut-être coupable, et forcé de se justifier. Il est tombé dans votre piège.

    Mais le fait que l'autre camp ait tué davantage ne réfute ni ne diminue en rien les crimes commis par le vôtre. On ne répond pas à une accusation en portant une accusation différente, en mettant dos à dos le nombre de morts. Comparaison n'est pas raison.

    - Le raisonnement fallacieux dit du "Red Herring", ou de diversion.

    La discussion portait sur le sujet A, mais vous répliquez en amenant le sujet B. Même si B est vrai et moralement choquant, cela détourne l'attention du sujet initial. En résumé: 59 morts c'est grave, 6 morts c'est moins grave, donc on devrait surtout parler des 59 morts. Cette justification morale est non seulement simpliste, c'est aussi un raisonnement fallacieux. La gravité d'un acte ne s'annule pas parce qu'un autre est pire: vous avez dévié une critique pour en faire un sordide duel de chiffres.

    - Le raisonnement fallacieux de la déresponsabilisation collective.

    Vous avez dissous la responsabilité de votre camp et neutralisé la critique dans un "en face c'est plus grave". C'est du relativisme moral à l'état brut.

    En résumé mesdames et messieurs, montrer que l'adversaire est pire ne change rien à ce dont on parle, dans ce cas le fait précis des circonstances de la mort de Quentin. Votre réponse contourne le point soulevé. 

     

    Second type d'argument:

    N'oublions pas que le type qui est mort n'était pas une blanche colombe: c'était un catho intégriste avec des idées d'extrême-droite. Il était proche de tel ou tel mouvement aux relents fascisants.

    Un beau gros raisonnement fallacieux en un court paragraphe!

    - L'attaque ad hominem (attaque personnelle)

    Ici, on sous-entend clairement que puisque la victime avait des idées jugées condamnables, ce qui lui est arrivé est moins grave...voire prévisible et compréhensible. C'est un glissement intellectuel peu honorable, car les opinions de la victime ne modifient en rien la gravité de la violence qu'il a subie. Ce qui est jugé ce n'est plus l'acte, on a déplaçé le débat vers un jugement moral de la victime. C'est une attaque ad hominem à l'état pur.

    Si la violence a lieu dans un contexte de self-défense, ou qu'il y a un accident mortel lors d'une rixe qui dégénère, c'est différent. Mais s'acharner à plusieurs à coups de pied dans la tête sur un homme au sol, ce n'est pas un accident, c'est tuer. Peu importe que la victime soit de gauche, de droite ou que sais-je, il s'agit d'un lynchage. Essayer d'atténuer les choses en disant "oui mais c'était un sale type" n'est pas seulement de la logique fallacieuse. C'est moralement et éthiquement discutable.

    Quand l'idéologie de la victime sert à évaluer la gravité d'une agression, on ne raisonne plus, on justifie son camp de façon tribale, on déforme, on manipule.

     

    Troisième type d'argument:

    Ce gars est venu foutre le bordel à un évènement de gauche. C'est pas malin, et c'est pas étonnant que çà tourne mal.

    Double raisonnement fallacieux: normalisation de la violence et blâmer la victime. Un risque prévisible est transformé en justification de la violence. Cette dernière devient prévisible, donc plus acceptable. Les meurtriers ne sont même plus des meurtriers, c'est la victime qui est coupable de son propre assassinat.

    C'est exactement le même type de raisonnement fallacieux que dans l'exemple classique de la femme violée. Oui, bien sûr, il y a eu viol. Mais bon, elle s'habillait très sexy. Et que faisait-elle si tard dans la rue? Elle a quand même un peu provoqué les choses, non? Vous avez certainement déjà entendu ce raisonnement.

    On a déplacé la faute sur la victime, atténué la responsabilité des agresseurs, et on fait la morale à la victime pour son comportement précédant l'agression. Tu l'as bien cherché. T'avais qu'à pas traîner dans le coin. Ce qui est prévisible devient justifié à demi-mots.

    C'est un bug, une faute dans le raisonnement logique: on juge l'acte violent par le comportement antérieur de la victime. Mais rien ne justifie un tel déferlement de violence, même si la victime a pris des risques idiots ou bravaches. Ce serait comme dire à quelqu'un qui a eu des rapports sexuels sans préservatif et qui a attrapé le SIDA: eh bien c'est ta faute, tu mérites de crever. Ce n'est pas uniquement de la logique fallacieuse: c'est d'un cynisme et d'une insensibilité inacceptables.

     

    Quatrième type d'argument:

    On a vu des blousons noirs à crâne rasé et des gens qui faisaient des saluts nazis lors de la marche commémorative pour Quentin. Vous voyez tout de suite à quel genre de public on a affaire.

    Raisonnement fallacieux de culpabilité par association, doublé de généralisation hâtive. Il y avait quelques véritables fachos dans la foule...donc c'est une foule de fachos. Le raccourci illogique est tellement évident que je ne me donnerai même pas la peine de l'expliquer. Autre exemple de raisonnement qui procède de la même manière: il y a des immigrés qui sont favorables à l'Islam radical. Donc tous les immigrés sont radicalisés. Culpabilité par association et généralisation du Mal sont des raisonnement fallacieux, là encore.

     

    Voilà les exemples les plus flagrants que j'ai pu constater dernièrement. Ils sont parfaitement interchangeables quel que soit le bord politique de la victime. Je suis sûre que j'aurais pu écrire exactement le même billet pour un militant de gauche lynché par des skinheads.

    Et je l'aurais fait.

    Parce que, en fin du compte, la personne morte au sol est un être humain. C'est tout ce qui m'importe. Ma boussole morale ne change pas en fonction des tendances politiques des victimes de violences.

    Et je décrypterai les manipulations et les erreurs lorsque je les identifie, quitte à susciter quelques grincements de dents. Parce qu'il le faut. Parce que c'est juste.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • La colère, cette mauvaise conseillère.

    robespierre

    Dans quelques jours, il y aura 6 mois que j'ai repris ce blog. J'avais déjà entamé un petit billet léger et marrant à ce propos. Mais l'actualité en a voulu autrement, et il ne sera pas publié. J'en suis même à me demander si écrire des billets politiques et commenter l'actualité me fait du bien, ou si les fractures de la société française n'en viennent pas à m'influencer, par effet tache d'huile.

    L'extrémisme tue, ce n'est pas une nouveauté

    Je ne commenterai pas le lynchage de Quentin, ni son contexte, ni le climat qui a fait qu'on en est arrivé là - chose qui ne m'étonne guère. Tout au moins, je n'en parlerai pas tout de suite.

    Car cet acte atroce a rendu mes mots dangereux. Je les écris, dans des fichiers qui n'ont pas vocation d'être publiés. Ils ne le seront jamais. Car ils sont d'une violence et d'une laideur indicible. Je reviendrai quand la fureur, cette mauvaise conseillère, aura à nouveau été remplaçée par la Raison.

    Ce que je vois dans mon propre miroir ces derniers jours ne me plaît guère. Ce n'est pas la femme raisonnable habituelle, c'est l'Incorruptible, dans toute son intransigeance et sa déraison.

    Ecrire maintenant ne serait qu'une violence de plus.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.