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macron - Page 4

  • La Terreur sans guillotine: quand la pureté morale devient totalitaire.

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    Je regarde notre époque et je vois des idéaux nobles dévoyés par des passions tranchantes. Des gens qui se croient justes, mais qui répètent les erreurs du passé, habillés de hashtags et de moraline. 
     
    Je pense à Robespierre, à la Terreur, à la guillotine. Et je vois son fantôme rôder dans nos réseaux sociaux, nos militances, nos indignations expéditives.

    Un de mes grand-pères était Juif. De par mon histoire familiale, j’ai grandi avec la mémoire générationnelle d'un beau trou dans mon arbre généalogique, et des silences qui tuent. Je sais ce que c’est que d’être ciblé pour ce qu’on est, pas pour ce qu’on fait. Alors quand je vois des appels à « mettre une balle dans la tête » d’un responsable politique ou des hashtags nostalgiques de « la Veuve » — la guillotine — pour un désaccord sur une réforme… Je ne peux pas me taire. Il est temps de mettre le holà!

    Liberté d’expression ne veut pas dire impunité. Oui, je crois en la liberté d’expression. Mais je crois aussi que certaines paroles sont des actes. Et que banaliser la violence symbolique, c’est préparer le terrain à la violence réelle. L’Histoire nous l’a appris. Encore faut-il vouloir l’écouter.

    La nouvelle Terreur : la culture de la haine déguisée en purisme militant. Elle suit une logique dangereuse :

    Purifier. Exclure. Punir. Réduire l’autre à une faute, un privilège, une identité.

    Et surtout, ne jamais laisser place au doute, à la nuance, à la rédemption. La justice sans doute, c’est la Terreur. La vertu imposée par la peur, c’est la fin de la liberté. Je suis pour la justice, pour l’égalité, pour le respect. Mais je suis contre la haine qui se déguise en vertu. Philippe Bilger développe ce sujet de sa belle plume de magistrat dans un excellent billet sur son blog Justice au Singulier.

    Il n'y a pas si longtemps, un YouTubeur dont je ne citerai pas le nom pour ne pas lui faire de publicité, postait une vidéo où il tirait au calibre 12 sur une cible rebaptisée "électeurs de la LFI". Et disant que Mélenchon mériterait "du plomb dans la tête". Rien que çà! 

    Et que dire des hashtags #MacronLaVeuve, #MacronDécapitation et autres joyeusetés du même genre. Les Robespierre au petit pied sont de sortie en meute, comme tous les lâches, et veulent remplacer les bulletins de vote par le bon vieux rasoir national. Je suppose qu'ils se croient défenseurs de la démocratie et républicains. Scoop: ils ne sont ni l'un, ni l'autre.

    Attention, il y a une grande différence entre la grogne populaire et le lynchage virtuel. Récemment, un copain blogueur traitait Macron de nul, arrogant et insupportable, et c'est son droit le plus strict. On peut aussi employer un vocabulaire bien plus fleuri comme moule à gaufres, bachi-bouzouk, Ostrogoth ou crétin des Alpes, c'est tout à fait acceptable en démocratie. Mais quand on passe aux menaces de mort et aux accusations de haute trahison, une ligne rouge est franchie.

    Non aux violences politiques, d’où qu’elles viennent. Non à l’appel au meurtre déguisé en blague. Non au lynchage numérique. Je veux une liberté de parole critique et exigeante, pas une vertu inquisitrice. Et je refuse de confondre parole militante et fanatisme.

    Il y a longtemps que je ne perds plus mon temps sur les rézozos sociaux, je n'ai que faire des débats stériles en ligne, des dramas et autres shitstorms. Mais si je croise ce genre de comportement toxique dans la vie réelle, j'en demanderai raison, et ce quelle que soit la personnalité publique ciblée.

  • Macron, Destitution, Mélenchon, Illusions.

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    L'ami Mélenchon, décidément très en forme ces derniers temps, se lance dans une nouvelle croisade aux allures de putaclic: demander la destitution d'Emmanuel Macron. Il n'est pas le seul à fantasmer à ce sujet, et nombreux sont ceux qui s'excitent à cette idée, dans l'ignorance la plus totale du fonctionnement de nos institutions. Remettons les pendules à l'heure, voulez-vous? Il est temps de se pencher sur ce que dit notre Constitution, et en particulier l'Article 68:

    Au niveau juridique: le Président de la République peut effectivement être destitué en cas de "manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat". Il ne s'agit pas d'un simple désaccord sur une réforme, un mode de gouvernance, mais de choses bien plus graves, comme par exemple la haute trahison.

    La procédure peut être engagée par l'une ou l'autre des deux Assemblées (Assemblée Nationale et Sénat), et il faut une proposition signée par au moins un dixième des membres de l'Assemblée concernée.

    Ensuite, la proposition doit être adoptée par une majorité des deux tiers des membres de l'Assemblée l'ayant déposée. Si c'est adopté, l'autre Chambre doit alors voter à son tour dans les mêmes conditions.

    Si les deux assemblées sont d'accord après ce premier vote, elle vont se constituer en Haute Cour, composée de tous les parlementaires. Cette Haute Cour décide alors de la destitution, toujours à la majorité des deux tiers.

    Comme vous le voyez, la destitution est hautement improbable, sauf en cas de crise politique si énorme qu'elle génère un consensus global. Faudrait vraiment que Macron foute le feu à l'Elysée avec la Constitution dedans, où qu'il demande à Poutine d'envahir la France avant qu'il ne soit destitué. Bref, çà arrivera quand les poules auront des mandats.

    Le fait de se baser sur un fond de vérité pour générer le buzz est une méthode que Mélenchon connaît bien. Sauf que non, il ne suffit pas d'un dixième des membres d'une des deux Chambres pour virer Macron. C'est juste une illusion entretenue par beaucoup de gens par méconnaissance de la Constitution, et reprise à son compte par la Méluche pour se faire mousser.

  • Blockbuster de la rentrée: Hara Kiri à Matignon.

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    Ce vieux Karl Marx n'avait pas tort sur tout: il nous disait que l'Histoire se répète toujours deux fois, la première fois comme une tragédie et la seconde fois comme une farce. C'est franchement comique que j'aie choisi une illustration du film "Retour vers le futur" pour illustrer mon précédent billet, car ce matin j'ai l'impression d'avoir fait un petit trajet dans la fameuse voiture DMC-12 DeLorean, la machine à remonter le temps de ce film culte. Avec réglage sur le 9 juin 2024, le jour du pari de poker foiré de la dissolution de l'Assemblée Nationale. Quel rapport me direz-vous? Je m'explique:

    Lors de la conférence de presse d'hier, François Bayrou, ayant décrété avec raison que "la France traverse un moment d'hésitation et de trouble", va demander un vote de confiance à l'Assemblée Nationale le 8 septembre histoire de valider le principe d'un effort de 44 milliards de réduction du déficit. Afin de clarifier la situation. Mouais.

    Cela me rappelle furieusement la dissolution de l'Assemblée Nationale l'an dernier, censée elle aussi clarifier la situation suite à la sévère défaite du camp présidentiel aux élections européennes. Cette dramatisation des enjeux, ce coup de poker raté ont eu pour résultat un paysage politique encore plus fragmenté, pas de majorité, bref une instabilité chronique qui risque bien de mener à la chute du gouvernement actuel. Il est évident que les oppositions, LFI et RN en tête, vont voter contre la confiance. Et le PS, à côté de la plaque comme souvent, semble s'aligner sur la LFI. Au moment où j'écris ces lignes, Bruno Retailleau a déclaré que Les Républicains voteront la confiance au gouvernement, mais 100 députés cela ne suffira évidemment pas à sauver les miches de Bayrou.

    Je ne pense pas que jouer à nouveau la dramatisation des enjeux soit la meilleure méthode pour rallier du soutien parlementaire, surtout si les mesures proposées par ce budget ne changent pas par rapport à ce qui avait été annoncé plus tôt, et qui avait déjà provoqué une levée de boucliers.

    Comme Macron il y a un an, Bayrou joue à un jeu dangereux. C'est jouable si on propose des pistes acceptables et négociables à l'opinion, mais ce n'est pas le cas ici. Une déclaration d'Albert Einstein me revient à l'esprit: "La définition de la folie, c'est de faire toujours la même chose en s'attendant à des résultats différents". Je pense que Bayrou est en train de se faire hara-kiri dans la joie et la bonne humeur, et que le gouvernement va probablement tomber. La Bourse de Paris a reculé à -1,9% ce matin, une frilosité qui se fait l'écho de la crainte d'un choc à venir.

    Et après? Trouver un autre Premier Ministre? Cà sera à nouveau la croix et la bannière. Une nouvelle dissolution inéluctable, avec pour résultat probable une Assemblée encore plus hostile et une marge de manoeuvre encore plus réduite pour l'Exécutif, chose qu'un Macron échaudé a publiquement déclaré vouloir éviter? Cà nous pend au nez.

    Bref, je ne sais pas ce que l'avenir proche nous réserve, mais je m'installe dans mon siège avec la ceinture bouclée, les médicaments anti-nausée pris, et des sacs à vomi à portée de la main, car à mon avis cette rentrée va secouer.