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La Mariée était en Noir. - Page 5

  • Les discours politiques fallacieux sous le scalpel de la logique.

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    Bienvenue dans ma salle d'autopsie. Il y a un cadavre sur la table de dissection. Pas un véritable cadavre, non, mais la dépouille métaphorique des faits objectifs, zigouillés par la logique fallacieuse. Je vais disséquer tout cela pour vous.

    Tout d'abord, quelques définitions. Qu'est-ce que la logique fallacieuse? C'est un raisonnement apparemment logique et convainquant, mais qui cache en fait un piège qui le rend faux et trompeur. Il grouille d'erreurs de logique, et le discours ne résiste pas à l'analyse. 

    Quelques exemples simples parmi bien d'autres avant d'entrer dans le vif du sujet:

    "Oui, je ne respecte pas les limitations de vitesse. Mais sur cette route, personne ne le fait". Vous justifiez un comportement injustifiable parce que tout le monde le fait. Raccourci, rupture du lien logique, et déculpabilisation: c'est de la logique fallacieuse.

    "Ah, vous êtes végétarien? Comme Hitler, alors (avec un regard lourd de sous-entendus)." Vous êtes coupable de culpabilisation par association, en liant deux sujets n'ayant rien à voir l'un avec l'autre: manger végétarien, et un meurtrier de masse. Vous associez des pommes et des poires en sous-entendant un lien de cause à effet inexistant: là aussi, c'est de la logique fallacieuse.

    Précisons une différence importante: si la personne utilise ce type de langage en se trompant de bonne foi, c'est appelé un paralogisme.

    Si par contre il y a intention volontaire de tromper ou manipuler l'auditoire, il s'agit d'un sophisme

    Cette technique est abondamment utilisée tous bords politiques confondus, surtout en période de tension: crise grave, campagne électorale, etc...J'aurais tendance à penser que beaucoup de débatteurs en ligne et autres YouTubeurs utilisent des raisonnements fallacieux de bonne foi, sans agenda caché et en ne réalisant pas que leur rhétorique est caduque sur le plan logique. Les politiciens, par contre, c'est une autre affaire! Pour certains, le raisonnement fallacieux est devenu une technique de combat comme une autre.

    Je vais maintenant entre dans le vif du sujet en vous décryptant quelques exemples de logique fallacieuse que j'ai pu trouver ces derniers jours sur divers blogs, forums de discussion politique, et même dans les médias au sujet de "l'affaire Quentin". Rappelons lesdits faits: un être humain s'est fait lyncher à coups de pieds dans la tête, et a été laissé pour mort sur le pavé. Cà, c'est la description objective (et choquante dans sa laideur) de ce qui s'est passé.

    Voyons maintenant ce qui circule. Je n'ai retenu que les types de raisonnement qui reviennent régulièrement, pas les déclarations isolées et marginales. Il ne s'agit pas de cibler des personnes spécifiques, mais bien d'analyser des types de comportements répétitifs vus sur la Toile.

    Premier type d'argument:

    Oui, un mort c'est moche. Mais l'extrême-droite fait bien pire, 59 morts contre 6 pour l'extrême-gauche sur les 40 dernières années.

    Bingo! Trois raisonnements fallacieux en une seule phrase!

    - Le "whataboutisme", ou "oui, mais l'autre".

    Au lieu de répondre sur le fond, sur un fait précis - un acte de violence lié à l'extrême-gauche, on déplace le sujet vers un autre camp. C'est une stratégie d'évitement dans laquelle on noie le poisson en déviant le sujet. Votre interlocuteur se sentira peut-être coupable, et forcé de se justifier. Il est tombé dans votre piège.

    Mais le fait que l'autre camp ait tué davantage ne réfute ni ne diminue en rien les crimes commis par le vôtre. On ne répond pas à une accusation en portant une accusation différente, en mettant dos à dos le nombre de morts. Comparaison n'est pas raison.

    - Le raisonnement fallacieux dit du "Red Herring", ou de diversion.

    La discussion portait sur le sujet A, mais vous répliquez en amenant le sujet B. Même si B est vrai et moralement choquant, cela détourne l'attention du sujet initial. En résumé: 59 morts c'est grave, 6 morts c'est moins grave, donc on devrait surtout parler des 59 morts. Cette justification morale est non seulement simpliste, c'est aussi un raisonnement fallacieux. La gravité d'un acte ne s'annule pas parce qu'un autre est pire: vous avez dévié une critique pour en faire un sordide duel de chiffres.

    - Le raisonnement fallacieux de la déresponsabilisation collective.

    Vous avez dissous la responsabilité de votre camp et neutralisé la critique dans un "en face c'est plus grave". C'est du relativisme moral à l'état brut.

    En résumé mesdames et messieurs, montrer que l'adversaire est pire ne change rien à ce dont on parle, dans ce cas le fait précis des circonstances de la mort de Quentin. Votre réponse contourne le point soulevé. 

     

    Second type d'argument:

    N'oublions pas que le type qui est mort n'était pas une blanche colombe: c'était un catho intégriste avec des idées d'extrême-droite. Il était proche de tel ou tel mouvement aux relents fascisants.

    Un beau gros raisonnement fallacieux en un court paragraphe!

    - L'attaque ad hominem (attaque personnelle)

    Ici, on sous-entend clairement que puisque la victime avait des idées jugées condamnables, ce qui lui est arrivé est moins grave...voire prévisible et compréhensible. C'est un glissement intellectuel peu honorable, car les opinions de la victime ne modifient en rien la gravité de la violence qu'il a subie. Ce qui est jugé ce n'est plus l'acte, on a déplaçé le débat vers un jugement moral de la victime. C'est une attaque ad hominem à l'état pur.

    Si la violence a lieu dans un contexte de self-défense, ou qu'il y a un accident mortel lors d'une rixe qui dégénère, c'est différent. Mais s'acharner à plusieurs à coups de pied dans la tête sur un homme au sol, ce n'est pas un accident, c'est tuer. Peu importe que la victime soit de gauche, de droite ou que sais-je, il s'agit d'un lynchage. Essayer d'atténuer les choses en disant "oui mais c'était un sale type" n'est pas seulement de la logique fallacieuse. C'est moralement et éthiquement discutable.

    Quand l'idéologie de la victime sert à évaluer la gravité d'une agression, on ne raisonne plus, on justifie son camp de façon tribale, on déforme, on manipule.

     

    Troisième type d'argument:

    Ce gars est venu foutre le bordel à un évènement de gauche. C'est pas malin, et c'est pas étonnant que çà tourne mal.

    Double raisonnement fallacieux: normalisation de la violence et blâmer la victime. Un risque prévisible est transformé en justification de la violence. Cette dernière devient prévisible, donc plus acceptable. Les meurtriers ne sont même plus des meurtriers, c'est la victime qui est coupable de son propre assassinat.

    C'est exactement le même type de raisonnement fallacieux que dans l'exemple classique de la femme violée. Oui, bien sûr, il y a eu viol. Mais bon, elle s'habillait très sexy. Et que faisait-elle si tard dans la rue? Elle a quand même un peu provoqué les choses, non? Vous avez certainement déjà entendu ce raisonnement.

    On a déplacé la faute sur la victime, atténué la responsabilité des agresseurs, et on fait la morale à la victime pour son comportement précédant l'agression. Tu l'as bien cherché. T'avais qu'à pas traîner dans le coin. Ce qui est prévisible devient justifié à demi-mots.

    C'est un bug, une faute dans le raisonnement logique: on juge l'acte violent par le comportement antérieur de la victime. Mais rien ne justifie un tel déferlement de violence, même si la victime a pris des risques idiots ou bravaches. Ce serait comme dire à quelqu'un qui a eu des rapports sexuels sans préservatif et qui a attrapé le SIDA: eh bien c'est ta faute, tu mérites de crever. Ce n'est pas uniquement de la logique fallacieuse: c'est d'un cynisme et d'une insensibilité inacceptables.

     

    Quatrième type d'argument:

    On a vu des blousons noirs à crâne rasé et des gens qui faisaient des saluts nazis lors de la marche commémorative pour Quentin. Vous voyez tout de suite à quel genre de public on a affaire.

    Raisonnement fallacieux de culpabilité par association, doublé de généralisation hâtive. Il y avait quelques véritables fachos dans la foule...donc c'est une foule de fachos. Le raccourci illogique est tellement évident que je ne me donnerai même pas la peine de l'expliquer. Autre exemple de raisonnement qui procède de la même manière: il y a des immigrés qui sont favorables à l'Islam radical. Donc tous les immigrés sont radicalisés. Culpabilité par association et généralisation du Mal sont des raisonnement fallacieux, là encore.

     

    Voilà les exemples les plus flagrants que j'ai pu constater dernièrement. Ils sont parfaitement interchangeables quel que soit le bord politique de la victime. Je suis sûre que j'aurais pu écrire exactement le même billet pour un militant de gauche lynché par des skinheads.

    Et je l'aurais fait.

    Parce que, en fin du compte, la personne morte au sol est un être humain. C'est tout ce qui m'importe. Ma boussole morale ne change pas en fonction des tendances politiques des victimes de violences.

    Et je décrypterai les manipulations et les erreurs lorsque je les identifie, quitte à susciter quelques grincements de dents. Parce qu'il le faut. Parce que c'est juste.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • Bientôt sur ce blog...

    ChatGPT Image 21 févr. 2026, 16_02_09.png

    Bonjour à tous,

    Un petit billet que d'aucuns trouveront, avec raison, rédigé sur un ton plus sec que d'habitude, vous en voilà informés.

    Je voudrais vous exposer les sujets des billets que je compte écrire prochainement sur ce blog. Ils auront pour thème général la violence politique, abordée sous l'angle de diverses analyses sociologiques et psychologiques, de comptoir certes, mais reflétant néanmoins des informations sourcées. En filigrane, je prendrai pour exemple le lynchage de Quentin. Je ne pense pas qu'il soit possible d'éviter le sujet plus longtemps.

    Ces billets, dénués de mon ton satirique et moqueur habituel, porteront sur les sujets suivants - je ne sais pas encore dans quel ordre ils seront traités, ni s'ils se succéderont ou alterneront avec des sujets plus légers.

    - Un bref rappel de la violence d'extrême-droite en France. Histoire que nul ne vienne pointer du doigt le fait, réel ou imaginaire, que j'évite le sujet. Je vais tuer cette éventualité dans l'oeuf.

    - L'emploi extraordinairement fréquent de la logique fallacieuse, qu'elle soit délibérée ou de bonne foi, dans les commentaires que j'ai pu glaner ces derniers jours sur les blogs, dans les médias, et certains forums de discussion politique que je fréquente.

    - Le phénomène de compartimentation psychologique qui intervient chez les individus vivant une réalité déplaisante. Il s'agit d'un sujet largement documenté en psychologie. Je prendrai notamment comme exemple les deux situations suivantes: comment fait quelqu'un qui trompe son conjoint pour rentrer gentiment chez lui comme si de rien n'était? Comment se comportent les membres d'un mouvement politique si certains d'entre eux sont suspectés d'être liés à des actes illégaux et violents? Dans les deux cas il y a souvent compartimentation pour éviter de faire façe à la réalité. Je vous expliquerai de quoi il s'agit en détail.

    - Le retournement de narratif et la victimisation, qui transforment les victimes en coupables. Là aussi il s'agit d'un phénomène psychologique connu et documenté.

    Ces tactiques de communication, largement utilisées quel que soit le bord politique, feront probablement l'objet de plusieurs billets, car il y a beaucoup à en dire.

    En attendant, je vous suggère de relire le billet suivant, où je dénonçais, entre autres, les menaces de mort qui avaient ciblé Jean-Luc Mélenchon et les électeurs de LFI, orchestrées par quelques YouTubeurs bas du front se proclamant eux-mêmes admirateurs des dictateurs Franco et Pinochet. Cela vous éclairera sur mon état d'esprit.

    Je vais clôturer ce billet par quelques règles de fonctionnement sur ce blog. La majorité des blogs en ont, et modèrent les commentaires avant publication, ce qui n'est pas mon cas. Je tiens donc à communiquer que les règles suivantes sont désormais en vigueur ici:

    - Bien entendu, les insultes, attaques personnelles sur moi ou d'autres commentateurs ne seront pas tolérés. Si vous trouvez qu'un de mes raisonnements est stupide, c'est votre liberté de le dire, pour peu que vous justifiiez ce jugement par des faits documentés. Par contre si vous dite que je suis stupide, c'est une attaque personnelle et votre commentaire dégage illico.

    - Vous aurez l'obligeance de signer vos billets. J'aime savoir avec qui je parle.

    - Si vous faites usage de logique fallacieuse dans un commentaire, vous êtes en zone dangereuse. Si je me rends compte que vous êtes de bonne foi et ne vous rendez pas compte que votre raisonnement est caduc, cela passera peut-être. Pas sûr, mais peut-être. Si par contre la tentative de manipulation politique des faits est évidente, votre commentaire sera supprimé.

    - Pas de psychodrames. Je ne vous suivrai pas sur ce terrain, ne me livrerai à aucune escalade, et ne vous répondrai pas si vous essayez de m'appâter. On n'est pas sur X, Tik Tok ou Threads ici.

    - Cette liste est non exhaustive. Si vous dépassez les lignes de manière flagrante et répétée, je n'hésiterai pas à sévir.

    Je tiens à préciser une chose importante: il n'est pas dans ma nature d'être la gentille fille consensuelle, rassembleuse et marchant sur des oeufs pour ne pas déplaire. Surtout sur des sujets graves, qui impliquent des morts. Je vous donnerai une analyse qui sera basée sur la pensée scientifique, froide, et chirurgicale.

    Dans le cas où cela vous déplairait, dites-vous bien que si mes mots heurtent, c'est peut-être parce qu'ils touchent juste. Je l'assumerai pleinement. Un discours politiquement engagé qui ne dérange personne ne sert à rien.

    Pour terminer ce billet sur une note un peu moins sèche: vous avez tous droit au chapitre sur ce blog, quelle que soit votre orientation politique, tant que vous restez dans le cadre de la démocratie, de la décence, du respect de la vie humaine, du respect des morts (même si vous détestiez le défunt), de la non-violence tant verbale que physique, et de la courtoisie.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • La colère, cette mauvaise conseillère.

    robespierre

    Dans quelques jours, il y aura 6 mois que j'ai repris ce blog. J'avais déjà entamé un petit billet léger et marrant à ce propos. Mais l'actualité en a voulu autrement, et il ne sera pas publié. J'en suis même à me demander si écrire des billets politiques et commenter l'actualité me fait du bien, ou si les fractures de la société française n'en viennent pas à m'influencer, par effet tache d'huile.

    L'extrémisme tue, ce n'est pas une nouveauté

    Je ne commenterai pas le lynchage de Quentin, ni son contexte, ni le climat qui a fait qu'on en est arrivé là - chose qui ne m'étonne guère. Tout au moins, je n'en parlerai pas tout de suite.

    Car cet acte atroce a rendu mes mots dangereux. Je les écris, dans des fichiers qui n'ont pas vocation d'être publiés. Ils ne le seront jamais. Car ils sont d'une violence et d'une laideur indicible. Je reviendrai quand la fureur, cette mauvaise conseillère, aura à nouveau été remplaçée par la Raison.

    Ce que je vois dans mon propre miroir ces derniers jours ne me plaît guère. Ce n'est pas la femme raisonnable habituelle, c'est l'Incorruptible, dans toute son intransigeance et sa déraison.

    Ecrire maintenant ne serait qu'une violence de plus.

     

    A la revoyure,

    Juliette Evola.

  • Mourir pour des idées.

    Une belle chanson intemporelle du grand Georges Brassens, anarchiste de coeur mais non-violent dans l'âme. A regarder ce qu'il en est du monde, il aurait tout aussi bien pu l'intituler tuer pour des idées. La belle affaire! J'aimerais avoir sa sagesse, mais j'avoue que souvent ce n'est pas le cas. A méditer.

    A la revoyure,

    Juliette Evola.


  • Que les étoiles vous soient favorables!

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    Ce matin à 11h15, l'astronaute française Sophie Adenot s'est envolée du légendaire Cap Canaveral en Floride. Direction la Station Spatiale Internationale, à bord d'une capsule Crew Dragon portée par un lanceur Falcon 9 de SpaceX. La vidéo me donne la chair de poule!

    Vol habité ou non, pour rien au monde je ne raterais un décollage important, même si je dois me lever au milieu de la nuit et avoir la tête dans le guidon pour le reste de la journée. Je suis gâtée cette semaine, hier c'était un lancement d'Ariane 6!

    La passion de la conquête spatiale m'est venue sur le tard, trop tard en tout cas pour envisager une carrière dans l'aérospatial, et de toute manière je ne pense pas que mes modestes talents de biochimiste aient été suffisants pour que la NASA ou l'ESA (Agence Spatiale Européenne) voient mon CV d'un bon oeil. Je n'en ressens aucune jalousie ni regret, mais quand même un peu d'envie.

    Disons que je donnerais volontiers un bras et un rein pour pouvoir m'élancer dans le Grand Noir de l'espace.

    Je connais la séquence de lancement par coeur, nul besoin de Google ou ChatGPT. Le directeur de vol qui donne le "go for launch" (paré à lancer) final, la fusée qui passe sous le contrôle de ses ordinateurs internes. Le compte à rebours, puis l'allumage des moteurs, et c'est l'équivalent d'un immeuble de 550 tonnes qui s'élève sur un pilier de feu et s'arrache à la gravité terrestre en direction de son orbite.

    La puissance au décollage est tout simplement monstrueuse: près de 7,6 millions de Newtons, à savoir environ 11.000 chevaux-vapeur. Le cerveau humain n'est pas capable de visualiser pratiquement de tels ordres de grandeur!

    Pour les observateurs, la fusée s'élève dans le plus grand silence, puis le son arrive et frappe de plein fouet, en léger décalage. C'est le vacarme rythmique, presque crachotant des moteurs-fusée qui balancent tout ce qu'ils ont.

    On voit la fusée prendre une trajectoire courbe, vue qui suffirait à flanquer un AVC à n'importe quel platiste. Elle s'aligne sur la courbure de la Terre pour rejoindre la trajectoire d'insertion orbitale qui la placera en orbite.

    Puis elle atteint MaxQ, le stade de pression aérodynamique maximale, où les contraintes physiques sur sa structure sont à leur apogée. En langage profane et en simplifiant beaucoup, si l'engin ne s'est pas pulvérisé en vol avant, une fois ce cap passé on peut respirer un bon coup.

    Les astronautes sont collés à leur siège par l'accélération, qui tourne aux environs de 3,5 à 4 g, ce qui signifie qu'ils pèsent 3,5 à 4 fois l'équivalent de leur poids sur Terre. Puis le bleu du ciel vire au noir spatial constellé d'étoiles scintillantes, et ils flottent en apesanteur. Extinction des propulseurs, puis séparation d'étage. Les propulseurs réutilisables retournent par eux-mêmes se poser à l'endroit d'où la fusée a décollé: la première fois que j'ai assisté à ce spectacle, mon cerveau a bugué!

    Alignement sur l'orbite cible. A 28.000 kilomètres/heure, la fusée file vers son but: la Station Spatiale Internationale, en orbite basse terrestre à 400 kilomètres du plancher des vaches.

    Je passe des détails techniques, et on y est. Gageons que les astronautes ont, depuis les fenêtres de leur lieu de travail, une vue nettement plus impressionnante que tout ce que nous pourrions connaître ici bas! Notre chère vieille Terre vue d'en haut, si haut que tous les problèmes et les conflits qui y sévissent ne sont plus qu'une abstraction lointaine.

    nasa,artémis

    Et dans quelques semaines, ce sera le tour de la fusée Artémis, premier vol habité vers la Lune depuis la fin du programme Apollo. Les astronautes ne s'y poseront pas, il s'agit d'un vol autour de la Lune pour tester la fiabilité du matériel, réaliser des expériences scientifiques et affiner les trajectoires. Je ne pensais pas assister de mon vivant à un retour de l'Homme sur notre bon vieux satellite, mais en fait, je me trompais. Je le verrai. Et je verrai probablement l'établissement de bases permanentes sur l'astre de nuit.

    Je sais ce que certains râleurs, qui pêchent par ignorance, vont me dire: avant d'envoyer des trucs et des gens dans l'espace, on ferait mieux de régler non problèmes sur Terre, et gna gna gna. Je pense que beaucoup de gens sous-estiment à quel point notre quotidien a pu être modifié suite à des avancées découlant de la conquête spatiale:

    GPS et communications par satellite bien entendu. Télévision numérique. Implants cardiaques avancés, implants cochléaires pour les sourds, prothèses et membres artificiels en matériaux légers. Mais aussi outils sans fil, appareils photos miniaturisés des smartphones, écrans plats, matériaux ignifugés, logiciels d'automatisation...et même lunettes de soleil anti-reflets et anti-UV (for sure). La liste est très longue!

    Quant à retourner sur la Lune, voire aller plus loin, vers notre voisine Mars? Imaginez un peu que Christophe Colomb, après avoir mis le pied en Amérique, était retourné en Europe et que les décideurs de l'époque aient dit bon, on n'y retourne plus? Je vous laisse réfléchir aux diverses implications de ce type de raisonnement réducteur.

    Je suis trop âgée pour espérer un jour mettre ma vieille carcasse en orbite. Mais je suis sûre que la génération de ma fille, ou celle qui suit, le pourra probablement. Et dans le cas où on ouvrirait des EHPAD sur la Lune ou sur Mars, si je n'avais pas de famille j'irais. Moins de pesanteur donc moins de courbatures, et je risquerais d'y rencontrer d'autres rêveurs atypiques et un peu cinglés, comme moi.

    Mais une chose est sûre: un jour j'irai voir décoller une fusée. Je veux entendre le grondement des moteurs et sentir les vibrations me secouer les tripes. Je ne sais pas encore si ce sera à Kourou en Guyane ou à Cap Canaveral en Floride, mais j'irai!

     

    A la revoyure, sur Terre ou ailleurs,

    Juliette Evola.